Gaza : le Maroc s’impose comme acteur stratégique de la stabilisation régionale
Bouchaib El Bazi
Lors de la réunion inaugurale du Conseil de la paix tenue à Washington, le Maroc s’est affirmé comme l’un des piliers centraux de la nouvelle architecture internationale de stabilisation de Gaza. Les remerciements appuyés du président américain Donald Trump à l’égard du Royaume ne relèvent pas d’un simple protocole diplomatique : ils consacrent une reconnaissance explicite du rôle stratégique du Maroc dans la gestion post-conflit et la projection de la paix au Moyen-Orient.
En devenant le premier pays arabe à annoncer officiellement l’envoi d’éléments de police et de forces armées au sein de la Force internationale de stabilisation (ISF), le Maroc franchit un seuil politique et sécuritaire majeur. Ce choix traduit une doctrine claire : il ne peut y avoir de reconstruction durable sans sécurité crédible, ni de paix pérenne sans engagement opérationnel sur le terrain.
Cette posture distingue Rabat de nombreuses capitales régionales, souvent cantonnées à un soutien financier ou déclaratif. Le Maroc assume, au contraire, un rôle de garant, s’inscrivant dans une logique de coresponsabilité internationale. Une approche qui s’appuie sur une expérience reconnue en matière de réforme sécuritaire, de gestion des crises et de participation aux opérations de maintien de la paix.
Sur le plan financier, l’engagement marocain s’inscrit dans un effort collectif ayant mobilisé plus de sept milliards de dollars, aux côtés de pays du Golfe et d’Asie centrale. Pour l’administration américaine, cet investissement dépasse la logique humanitaire : il s’agit d’un pari stratégique sur la stabilité régionale, destiné à rompre avec les cycles récurrents de violence.
Dans son intervention, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a détaillé la contribution marocaine : déploiement de forces de police, formation de cadres sécuritaires gazaouis et intégration d’officiers supérieurs au commandement militaire conjoint de l’ISF. À cela s’ajoute la mise en place d’un hôpital de campagne à Gaza, illustrant l’articulation marocaine entre sécurité, action humanitaire et reconstruction.
Cet engagement s’inscrit dans la continuité de la vision portée par Mohammed VI, qui soutient pleinement l’initiative américaine tout en appelant à l’émergence d’un véritable processus de paix. Pour Rabat, la stabilisation de Gaza ne constitue pas une finalité en soi, mais un levier stratégique pour relancer une dynamique politique crédible, fondée sur la solution à deux États et la légitimité des institutions palestiniennes.
La diplomatie marocaine met toutefois en garde contre les fragilités de la phase à venir. La réussite de la deuxième étape du plan de paix est jugée décisive, notamment pour éviter toute déstabilisation de la Cisjordanie et garantir l’appropriation du processus par les autorités palestiniennes reconnues. Cette lecture lucide du terrain témoigne d’une approche pragmatique, éloignée des simplifications idéologiques.
Enfin, la présence de hauts responsables américains, dont le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio, aux côtés de représentants d’une cinquantaine de pays, confirme la portée internationale de cette initiative. Le Conseil de la paix apparaît ainsi comme l’embryon d’un nouveau multilatéralisme sécuritaire, centré sur la prévention des conflits et la reconstruction politique.
En s’engageant de manière proactive à Gaza, le Maroc consolide son statut de puissance régionale responsable, capable de conjuguer légitimité politique, crédibilité sécuritaire et cohérence diplomatique. Un positionnement qui renforce sa voix sur la scène internationale et confirme que, dans un Moyen-Orient fragmenté, la stabilité passe désormais par des acteurs capables d’allier vision stratégique et action concrète.