Il était une fois à Molenbeek, dans une tour nommée Gandhi — car les Belges ont décidément un humour particulier — une mère, Khadija, menacée d’expulsion avec son plus jeune fils, pendant que ses aînés cherchent un toit et que les élus locaux cherchent… une excuse.
Ils l’avaient juré. Ils avaient signé. Ils avaient même posé pour les photos avec Khadija, en mode “justice sociale sur fond de béton social”. Mais aujourd’hui, Khadija n’a plus que ses valises imaginaires et un avis d’expulsion daté , fin juillet. Un été chaud, donc — pas à cause du climat, mais à cause des décisions politiques qui sentent le reniement à plein nez.
Parce que chez Logement molenbeekois, l’art de l’euphémisme est un sport olympique , “on ne prend jamais une expulsion à la légère”, disent-ils. Mais visiblement, on la prépare minutieusement, sur plusieurs années, avec autant de paperasse que de mauvaise foi.
Une mère, trois fils turbulents et un Gandhisme version ASBL
Revenons à l’origine de la saga. En 2018, Khadija obtient un logement dans les mythiques tours Gandhi. L’endroit idéal pour méditer, vivre en paix… ou menacer les voisins, selon les rapports du Logement. Car très vite, ses fils deviennent “connus des services” — non pas de la bibliothèque, mais de la police.
Covid, ennui, adolescence et béton brut font un cocktail assez explosif. Il y a des altercations, des attroupements, et sans doute des regards de travers dans l’ascenseur. Suffisant, pense le Logement molenbeekois, pour lancer une procédure d’expulsion : #IlsTerrorisaientGandhi
2022 : le boomerang judiciaire
En 2022, première décision d’expulsion. Mais la justice — parfois lucide — annule. Motif , on ne vire pas une mère seule avec quatre enfants mineurs pour des troubles liés à ses ados sans tenter réellement autre chose. Mais le Logement fait appel.
Et gagne. Parce qu’en Belgique, on peut perdre un logement social pour mauvais voisinage, mais garder son immunité parlementaire pour mauvais comportement.
Promesses électorales et amnésie collective
Entre deux élections, Ahmed El Khannouss, le PTB et d’autres figures locales s’étaient indignés du sort réservé à Khadija. Ils dénonçaient la froideur bureaucratique, le manque d’alternatives. Mais voilà , aujourd’hui aux manettes, ils découvrent que gouverner, c’est aussi oublier ce qu’on a promis hier — et parfois expulser avec le poing levé.
José Garcia du Syndicat des locataires — toujours là pour tendre la banderole — rappelle , “Un accord avait été trouvé. Khadija devait rester avec son plus jeune. Les autres devaient partir.”
Et c’est ce qu’ils ont fait. L’aîné s’est envolé, les jumeaux cherchent un plan B, et Khadija tente de sauver ce qu’il reste , un toit, un peu de dignité, et son fils qui vient de réussir son CEB. Mais en guise de logement alternatif, on lui propose une chambre… dans une maison d’accueil. Pas un appartement. Une chambre. #GandhiChezLesSDF
Dignité version Tetris
On ne reloge pas une famille, on la fragmente. On dissocie mère et enfants. On appelle ça une “solution transitoire”, comme si l’humiliation pouvait être temporaire. Mais Khadija refuse , “Je ne veux pas qu’on me coupe en morceaux. Mon fils a besoin d’un chez-soi, pas d’un dortoir d’urgence.”
Les autorités, elles, se couvrent : “On comprend, mais c’était ça ou la rue.”
Le choix entre le couloir de la honte et le trottoir de la précarité. Molenbeek, laboratoire d’urbanisme humanitaire.
Violence et mémoire sélective
Alors bien sûr, le Logement molenbeekois brandit les faits , menaces contre le personnel, climat délétère, tentatives de conciliation infructueuses. Peut-être. Mais où étaient les solutions structurantes ? Les médiateurs ? Les alternatives réalistes ?
Derrière la rhétorique du “protéger les autres locataires”, il y a l’obsession du bon élève en gestion immobilière. Un immeuble propre, calme, et politiquement présentable. Même si cela signifie jeter une femme de 50 ans, bruxelloise depuis ses 5 ans, dans l’arrière-cour des statistiques.
Et maintenant ? Wallonie ou résignation ?
La dernière idée , un transfert dans les logements sociaux wallons. Pourquoi pas Charleroi ou Arlon, tant qu’on y est ? Quitte à faire fuir les gens, autant les éloigner vraiment.
#DélocalisationSolidaire
#MolenbeekSansMémoire
Gandhi, reviens, ils sont devenus fous
Le Logement molenbeekois a tranché. L’expulsion est actée. Reste à voir si la majorité actuelle aura le courage d’assumer cette fracture morale, ou si elle continuera de danser entre les colonnes de l’indignation molle et de l’oubli institutionnalisé.
Quant à Khadija, elle attend. Pas un miracle. Juste un appartement. Un espace. Une reconnaissance minimale que sa vie vaut plus qu’un article 64B du règlement d’occupation.
Et moi, Bouchaib El Bazi, je vous le dis :
“Si le béton a une mémoire, il devrait se souvenir qu’on ne construit pas une ville en expulsant ses mères.”
#JusticePourKhadija
#DroitAuLogement
#ExpulsionSociale
#GandhiEnColère