Hicham Jerando : le cyber-Chevalier blanc de la diffamation condamné (encore) par la justice canadienne

Bouchaib El Bazi

Il se rêvait en Assange du pauvre, se proclamait “cyber-justicier anticorruption” et “lanceur d’alerte des réseaux”. Mais à force de hurler au complot depuis son canapé québécois, Hicham Jerando vient surtout d’alerter… les tribunaux. Ce jeudi 25 juillet 2025, la Cour supérieure du Québec a mis un terme – provisoire – aux diffamations numériques en série de cet exilé de la crédibilité , 30 jours de prison, 10 000 dollars d’amende et 100 heures de travaux d’utilité sociale. Une peine exemplaire, ou une simple pause dans une œuvre de nuisance déjà bien entamée ?

La justice a tranché : le lanceur d’alerte était surtout un lanceur de boue

Dans une décision rendue publique (référence : 500-17-125595-234), le juge Sylvain Lussier a ordonné sans trembler la détention de M. Jerando, coupable d’outrage au tribunal. Il ne s’agit plus ici de simples imprécisions, mais de diffamations lourdes, persistantes, aggravées… et récidivantes. L’homme a ignoré à plusieurs reprises les injonctions judiciaires, persistant à publier des vidéos où il crache plus qu’il ne révèle, sur YouTube, TikTok ou “tout autre site sur lesquels ils se trouvent” – ce qui, dans son cas, couvre probablement l’intégralité du Web 2.0 et même quelques forums russes oubliés.

La scène : un vidéaste au tribunal, une justice lassée de l’influence

Il faut lire pour le croire : M. Jerando, déjà condamné dans l’affaire Lamtri (plus de 164 000 dollars de dommages accordés à la victime) et dans l’affaire Hanine (150 heures de travaux communautaires), pensait pouvoir échapper à ses responsabilités en brandissant sa casquette d’anticorruption. Las, le Tribunal, sans se laisser attendrir par son storytelling révolutionnaire, l’a condamné pour chaque infraction à :

  • 1 000 $ d’amende (total : 10 000 $),
  • 10 heures de travaux d’utilité sociale par infraction,
  • et surtout 30 jours de prison ferme, dans un centre de détention québécois, le temps de réfléchir à la différence entre liberté d’expression et liberté de diffamer.

Et si l’on en croit les termes du jugement, M. Jerando devra se présenter le 1er août 2025 au service de probation de Montréal Nord-Est. À défaut, la police aura carte blanche pour l’escorter directement en détention. On ne plaisante plus avec les influenceurs toxiques.

Une peine éducative ? Le tribunal en doute déjà

« Le Tribunal se questionne sur la mesure qui fera comprendre à M. Jerando qu’il doit cesser de se moquer des tribunaux », peut-on lire dans la décision. Traduction , même le juge a jeté l’éponge sur les capacités d’introspection du prévenu. Pour autant, l’objectif est clair : imposer une limite à une pratique militante devenue toxique, où l’auto-désignation comme “lanceur d’alerte” sert de bouclier à tous les dérapages. Au nom de la vérité, tout serait permis ? Pas selon la justice canadienne.

Le cas Jerando : symptôme d’une ère numérique malade ?

Derrière le cas individuel se dessine un malaise plus large : celui d’un militantisme numérique sans garde-fou, où la justice est rendue par les vues, les likes, et les pouces en bas. Comme le souligne la Cour, il s’agit d’un “outrage au tribunal”, mais aussi d’un mépris flagrant pour l’ordre juridique et pour les personnes visées. M. Jerando, bien que condamné, persiste à se présenter en victime du système, tordant les faits pour mieux se mettre en scène.

Son cas soulève une question urgente , faut-il un cadre de coopération judiciaire renforcé pour contrer ces activistes transfrontaliers qui usent des failles algorithmiques et juridiques pour échapper aux sanctions ? La réponse semble de plus en plus évidente, tant les plateformes sociales deviennent le théâtre de guerres d’influence et de diffamation.

Post-scriptum numérique : la prison comme stratégie de contenu ?

À l’heure où certains influenceurs achètent des abonnés, d’autres choisissent… la détention comme stratégie de visibilité. Si M. Jerando documente son incarcération en story Instagram, nous entrerons dans une nouvelle ère , celle de la “détention immersive”. Une sorte de Loft Story carcéral, où la cellule devient studio, et le juge, figurant.

Mais la réalité est moins glamour , derrière la façade numérique, ce sont des personnes diffamées, salies, harcelées, et des institutions minées par le soupçon et la désinformation.

En résumé : Hicham Jerando n’est pas le Julian Assange qu’il prétend être. Il est devenu le Mike Ward de la diffamation judiciaire, version TikTok, avec un casier long comme un fil Twitter. La justice québécoise, elle, a tranché : le spectacle est terminé. Rideau.

— Condamnations antérieures de Hicham Jerando

  • 2024 : 2 000 $ d’amende pour outrage (jugement Beaugé)
  • 2025 : 150 h de travaux d’intérêt général + 10 000 $ d’amende dans l’affaire Hanine
  • 2025 : 164 000 $ de dommages à payer à M. Lamtri (jugement Bundari)
  • 2025 (juillet) : 30 jours de prison + 10 000 $ + 100 h de travaux dans l’affaire actuelle
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