Le Maroc et les États-Unis : La nouvelle architecture d’un partenariat stratégique centré sur les provinces du Sud

Bouchaib El Bazi

Par-delà les échanges protocolaires et les déclarations de bonne volonté, un basculement profond s’opère dans la relation maroco-américaine. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les signaux de Washington se multiplient, affirmant sans équivoque un soutien renouvelé, renforcé et multidimensionnel à la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud. Un appui qui n’est plus seulement politique ou symbolique, mais qui se structure désormais autour d’une dynamique d’investissement concrète, stratégique et pérenne.

Une diplomatie de l’investissement : quand les intentions deviennent actions

Le soutien américain à la marocanité du Sahara se décline désormais en instruments tangibles. La U.S. International Development Finance Corporation (DFC), bras financier de la diplomatie économique américaine, a reçu le feu vert de la National Security Agency (NSA) pour relancer ses activités dans les provinces du Sud, notamment à Dakhla et Laâyoune. Une décision qui fait suite à une évaluation sécuritaire favorable de la région, préalable indispensable à tout engagement à long terme.

Depuis octobre 2024, la DFC intensifie ses échanges avec les autorités marocaines en vue de financer directement des projets structurants, allant de l’agriculture durable aux infrastructures énergétiques, en passant par l’économie numérique. La USAID, de son côté, s’apprête à faire du Maroc un hub régional pour le commerce et l’investissement en Afrique du Nord, dans le cadre de la nouvelle initiative Prosper Africa.

Trump II : le retour de la diplomatie offensive

Le retour de Donald Trump à la présidence donne un nouvel élan à cette orientation. La nomination de Duke Buchan III comme ambassadeur désigné au Maroc illustre cette volonté de consolidation stratégique. Lors de son audition au Sénat, le diplomate a identifié trois priorités pour sa mission à Rabat : renforcer les relations historiques, élargir la coopération sécuritaire, et réaffirmer la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara.

Son message est limpide : le Maroc n’est pas un partenaire parmi d’autres, c’est un pilier régional dans la stratégie américaine en Afrique du Nord, un partenaire économique fiable, un acteur sécuritaire de premier plan, et un leader dans la lutte contre le terrorisme.

Vers une géoéconomie partagée

Au-delà de la symbolique, les projets affluent. La visite en janvier 2021 du PDG de la DFC, Adam Boehler, à Dakhla avait posé les bases d’un engagement de 5 milliards de dollars d’investissements dans la région, via une plateforme régionale de promotion de l’investissement soutenue par le MEPI (Middle East Partnership Initiative).

Depuis, un fonds de 100 millions de dollars pour les petites entreprises marocaines a été mis sur pied, dont la moitié pourrait être directement injectée par la DFC. Cette approche bottom-up mise sur l’innovation locale, la création d’emplois et la montée en compétence de l’entrepreneuriat saharien.

Le protocole d’accord signé en 2020 entre le Maroc et la DFC, gelé temporairement sous l’administration Biden, retrouve aujourd’hui tout son élan. Il prévoit 3 milliards de dollars sur quatre ans, non seulement pour des projets au Maroc, mais aussi pour des co-investissements vers l’Afrique subsaharienne, positionnant ainsi le Royaume comme porte d’entrée privilégiée vers l’Afrique pour les capitaux américains.

Une convergence stratégique à haute valeur ajoutée

Selon Mohammed Bouden, analyste marocain en relations internationales, « le positionnement américain est clair, constant et stratégique. Il ne s’agit pas d’un soutien conjoncturel, mais bien d’un partenariat repensé autour de l’économie, de la sécurité et de la stabilité régionale ».

Bouden souligne également que la convergence des intérêts économiques s’aligne parfaitement avec les efforts diplomatiques marocains, notamment l’agenda de développement impulsé par le roi Mohammed VI et les rôles croissants du Royaume dans les initiatives de paix, la lutte contre le terrorisme et l’intégration africaine.

Le Congrès américain, levier de reconnaissance bilatérale

En mars 2025, un projet de résolution bipartisan introduit au Congrès américain par Joe Wilson (républicain) et Bradley Schneider (démocrate) a consolidé cette dynamique. Ce texte rend hommage à l’« amitié historique et à la coopération stratégique » entre le Maroc et les États-Unis, tout en soulignant le rôle stabilisateur du Royaume dans la région euro-méditerranéenne et africaine.

Ce consensus politique à Washington, rare par les temps qui courent, confère au dossier saharien une profondeur diplomatique inédite : la souveraineté du Maroc sur le Sahara devient un axe structurant de la politique étrangère américaine au sud de la Méditerranée.

Le Sahara, nouveau pivot de l’alliance maroco-américaine

Loin d’un simple alignement géopolitique, c’est une véritable diplomatie d’influence et de co-développement qui se dessine. Le Maroc, fort de son ancrage africain et de sa stabilité institutionnelle, devient un partenaire-pivot dans les ambitions africaines des États-Unis. Et les provinces du Sud, longtemps perçues comme périphériques, en deviennent le cœur battant.

La relation Rabat-Washington est donc entrée dans une nouvelle ère : celle des alliances à forte intensité stratégique, où les valeurs communes s’accompagnent d’intérêts partagés, et où le développement économique sert de levier à la souveraineté nationale.

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