Quand l’ambassade du Maroc en Belgique fait son casting… au fond d’une salle de mariage

Bouchaib El Bazi

À Bruxelles, la diplomatie marocaine ne danse plus avec les loups… mais avec le chaâbi.

Bienvenue dans l’univers surréaliste où les relents du népotisme marocain traversent les frontières et s’installent en costume-cravate au cœur de l’Europe. Une ambiance tam-tam et tajine, version “service extérieur”.

Oui, cela aurait pu être une comédie musicale. C’est hélas une réalité diplomatique.

De la darbouka au standard de l’ambassade

L’histoire débute dans les milieux feutrés de la communauté marocaine à Bruxelles. Une femme, connue pour sa capacité à organiser des fêtes “orientales” très animées, passe du statut de “Madame mariage” à celui d’agente administrative dans une ambassade marocaine.

Sans concours, sans CV académique notable, sans même un petit détour par l’administration marocaine.

Un jour, elle coordonne l’entrée du chanteur Statia sur scène. Le lendemain, elle répond au téléphone de la Représentation diplomatique du Royaume.

Cherchez l’erreur.

“C’est le même ton de voix qui criait ‘Hajib arrive !’ qui accueille aujourd’hui les consuls et les entrepreneurs marocains”, plaisante un acteur associatif bruxellois, mi-amusé, mi-affligé.

On l’imagine déjà :

« Bonjour, Ambassade du Maroc à Bruxelles, avec ou sans méchoui ? »

Diplômée en… réseautage festif

Ce n’est pas un secret : la concernée, selon nos sources croisées, ne dispose d’aucun diplôme universitaire reconnu.

Elle ne sort ni de l’ENA, ni de l’ISCAE, ni même d’un BTS de secrétariat.

Mais elle connaît le micro, le buffet à volonté, et surtout… les bonnes personnes.

Et c’est là que le bât blesse. Car si les institutions représentent l’État, elles ne devraient jamais ressembler à une soirée privée où seuls les initiés sont conviés.

Or, ici, c’est un peu comme si les coulisses d’un gala de mariage s’étaient transformées en salle d’attente diplomatique.

Et dans le rôle du parrain ? Monsieur l’Ambassadeur

Le nom de Mohamed Ameur, ambassadeur du Maroc à Bruxelles depuis 2016, revient avec insistance.

Trop longtemps en poste pour ne pas savoir.

Trop de silence autour de cette nomination pour ne pas s’interroger.

A-t-il facilité l’embauche ? Était-il simplement spectateur ? Ou est-ce le fruit d’un coup de baguette magique bureaucratique qui n’a jamais respecté la fiche de poste ?

Le ministère des Affaires étrangères, lui, a pourtant été clair : Nasser Bourita, dans ses fameuses instructions internes, a interdit tout recrutement local hors procédure formelle.

Mais à quoi bon publier des circulaires si les ambassades jouent du bendir à leur propre rythme ?

Le népotisme, même maquillé en “honneurs culturels”, reste un poison pour la confiance dans les institutions.

Quand l’exception devient la règle

Ce cas isolé est-il vraiment isolé ? Ou n’est-il que la partie émergée d’un iceberg d’embauches folkloriques dans le réseau diplomatique marocain à l’étranger ?

Combien d’autres “coordonnateurs de soirées” gèrent aujourd’hui des tâches sensibles dans nos ambassades ?

Et surtout : jusqu’à quand allons-nous tolérer cette diplomatie de piston, où le “savoir-chanter” remplace le “savoir-faire” ?

L’heure n’est plus au folklore

Les Marocains de Belgique méritent mieux.

Ils méritent des représentants qui les incarnent par leurs compétences, pas par leur carnet d’adresses de chanteurs chaâbi.

Ils méritent une diplomatie d’excellence, pas une extension du monde du mariage.

Et ils méritent des ambassadeurs qui respectent les instructions de leur ministre, pas qui jouent leur propre partition.

Alors, une seule question :

À quand une diplomatie où les CV comptent plus que les CD ?

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