Ambassade du Maroc en Belgique & l’Association “Les Amis du Maroc” : diplomatie, fêtes et factures floues
Bouchaib El Bazi
Sous les dorures feutrées des palaces bruxellois et les airs sucrés de diplomatie culturelle, une question s’impose : qui paie réellement les banquets ? Et surtout : pour quel objectif ?
Depuis plusieurs années, l’Association des Amis du Maroc en Belgique multiplie les soirées “de prestige”, les rencontres “interculturelles” et les dîners “officiels” dans les hôtels les plus huppés de la capitale européenne. Le tout sous couvert d’un objectif louable : renforcer les liens entre le Maroc et la Belgique, et défendre la cause nationale — en l’occurrence, le dossier du Sahara.
Mais derrière ces apparences soignées, nos investigations révèlent une autre réalité.
Une association sans ressources, mais avec des factures de luxe
Le travail d’enquête mené par notre équipe sur les comptes bancaires de l’Association des Amis du Maroc fait apparaître un fait troublant : aucune ressource propre significative, aucun financement européen identifié, aucun mécénat déclaré.
Comment, dans ces conditions, cette association peut-elle se permettre d’organiser des événements qui rivalisent avec les soirées d’ambassades des grandes puissances ?
La réponse, embarrassante mais limpide : c’est l’Ambassade du Royaume du Maroc à Bruxelles qui paie l’addition.
Plusieurs établissements hôteliers ainsi que des sociétés prestataires interrogés par nos soins ont confirmé que les factures de l’Association sont souvent réglées par la représentation diplomatique elle-même, sous la supervision directe de l’ambassadeur Mohamed Ameur.
Une diplomatie culturelle… au service d’un homme ?
Sur le papier, l’Association des Amis du Maroc a pour but de tisser des passerelles entre les peuples. Mais en coulisses, de plus en plus de membres quittent le navire.
Motif ?
Une dérive vers un fonctionnement personnel centré sur le diplomate Mohamed Ameur, au détriment d’une action collective.
Loin d’un vrai lobby pro-marocain, la structure semble fonctionner comme une extension officieuse de l’ambassade, dédiée à la mise en scène des projets du diplomate, et non à la mobilisation sérieuse de relais d’influence.
Un lobbying « à la marocaine » : vieillards et folklore
Dans ses rapports adressés au ministère des Affaires étrangères à Rabat, le diplomate met en avant un programme de soutien à la cause du Sahara par… quelques personnalités belges âgées, sans poids politique réel.
De là à penser que l’ambassade a troqué un lobbying stratégique contre une diplomatie folklorique de salon, il n’y a qu’un pas.
Pourquoi aucune figure politique maroco-belge d’envergure n’a été sollicitée ? Pourquoi n’a-t-on pas mobilisé les talents issus de la diaspora marocaine dans les sphères politiques belges ?
La réponse semble tenir en une formule : le confort du contrôle.
Plutôt que de composer avec des interlocuteurs crédibles et autonomes, l’ambassade préfère visiblement des figurants dociles.
Ceux qu’on invite, qu’on photographie, puis qu’on range.
Une obsession “républicaine” qui interroge
Il faut rappeler que Mohamed Ameur n’est pas un diplomate de carrière.
Avant d’atterrir à Bruxelles, il s’était illustré comme membre actif d’associations à coloration républicaine telles que le Forum Urbain Régional pour l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, ou encore vice-président du Forum Urbain au Maroc.
Un profil d’urbaniste et de technocrate, donc, plus que de stratège diplomatique.
Cette appétence pour les structures para-étatiques ou pseudo-associatives s’est manifestement transposée à Bruxelles, dans un système où l’ambassadeur tient les ficelles, la caisse… et la communication.
Une presse pas toujours docile
Ces pratiques n’ont pas échappé à la critique.
Le journal « Akhbarouna Al Jaliya » a publié plusieurs enquêtes et tribunes dénonçant les méthodes de M. Ameur :
– recrutements opaques,
– gestion floue des fonds publics,
– instrumentalisation de la cause nationale à des fins d’image personnelle,
– et absence de stratégie sérieuse de lobbying auprès des décideurs européens.
À chaque fois, silence radio du côté de l’ambassade. Pas de droit de réponse, pas de clarification publique. Comme si la critique n’avait jamais franchi les murs du 100 Avenue Franklin Roosevelt.
Diplomatie spectacle ou diplomatie sérieuse ?
Les centaines de milliers de Marocains de Belgique attendent une représentation digne.
Ils méritent mieux qu’un théâtre de dîners mondains orchestré par une association vitrine, elle-même financée par l’État, mais au service d’un agenda personnel.
Si l’Association des Amis du Maroc ne peut expliquer qui la finance, si l’ambassade ne peut démontrer quelle stratégie elle poursuit, alors c’est le ministère des Affaires étrangères lui-même qui doit répondre , à quoi servent les budgets alloués à la diplomatie culturelle ?
Et surtout : à qui ?