« J’ai deux amours » : Mémoires croisées entre Belgique et Maroc

Par Bouchaib El Bazi

Dans un monde traversé par les tensions identitaires, les fractures migratoires et les débats souvent crispés sur l’intégration, un ouvrage collectif vient nous rappeler que la complexité peut être une richesse, et que l’appartenance peut être plurielle sans contradiction. « J’ai deux amours », coordonné par Fatiha Saïdi, donne voix à celles et ceux qui, nés de l’immigration marocaine en Belgique, tissent leur identité entre deux rives : celle de leurs origines et celle de leur quotidien.

Ce recueil n’aurait pu voir le jour sans le soutien actif du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), institution qui, depuis sa création, s’engage résolument à valoriser les parcours, les talents et les expressions culturelles des Marocains du monde. En accompagnant cette initiative éditoriale, le Conseil réaffirme son rôle de catalyseur des énergies créatives de la diaspora, tout en promouvant un discours positif sur la pluralité identitaire et l’attachement au Maroc.

Depuis 1964, la Belgique est le théâtre d’une histoire commune avec le Maroc, incarnée par plusieurs générations d’hommes et de femmes marocains devenus Belges – de fait ou de cœur – tout en restant habités par une mémoire, une culture, une langue ou des imaginaires multiples. Ce livre, composé de textes littéraires et intimes, ne se contente pas de raconter des parcours ; il sublime les tensions, les doutes, mais aussi les élans d’espoir, les résistances et la capacité d’adaptation qui habitent ces trajectoires.

« J’ai deux amours » est bien plus qu’un recueil : c’est un miroir tendu à une société en mutation. À travers des récits où les émotions prennent le pas sur les clichés, les auteurs – parmi lesquels Taha Adnan, Said Ben Ali, Mohamed Rayane Bensaghi, Souad Fila, Ikram Maâfi, Ahmed Medhoune, Fatima Zibouh ou encore Faten Wehbe – font dialoguer le Maroc et la Belgique, tout en explorant leur propre rapport à l’appartenance. Le titre même, emprunté à la célèbre chanson de Joséphine Baker, rappelle ce lien affectif entre deux patries, mais aussi une volonté de dépasser les frontières, de penser l’identité comme un espace en mouvement.

La richesse de l’ouvrage tient aussi à sa capacité à mettre en lumière ce que signifie grandir entre deux cultures, deux systèmes de valeurs, deux visions du monde. C’est un livre sur la quête de sens, l’arrachement parfois, mais aussi la sérénité que l’on peut trouver dans l’acceptation de cette double appartenance.

Avec une préface signée par Nouria Ouali, l’ouvrage s’inscrit dans une démarche à la fois littéraire et citoyenne. Il ne s’agit pas d’un manifeste politique, mais d’un acte d’écriture collective qui réhabilite l’humanité des récits souvent noyés dans les chiffres de l’immigration. Et si, enfin, on écoutait ce que veulent dire les enfants de l’exil ?

À travers son soutien à cette publication, le CCME confirme sa mission de transmission, de valorisation et de représentation de la mémoire collective des Marocains du monde, en mettant en lumière des parcours inspirants, souvent invisibilisés, et en favorisant leur reconnaissance dans les espaces culturels nationaux et internationaux.

 

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