Abdelmadjid Tebboune : le président aux mille promesses (et autant d’illusions)
Bouchaib El Bazi
Chronique d’un chef d’État qui gouverne à l’instinct… et à la louche
Dans le grand théâtre de la politique internationale, certains chefs d’État marquent l’Histoire par leur vision, leur rigueur ou leur capacité d’anticipation. Et puis, il y a Abdelmadjid Tebboune.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président algérien s’est illustré par un style de communication disons… singulier. À défaut de résultats concrets, le chef de l’État offre régulièrement à ses concitoyens – et au reste du monde – un spectacle gratuit de déclarations ubuesques, de chiffres surréalistes et de projets dont la fantaisie n’a d’égal que l’absence de réalisme. L’Algérie n’a peut-être pas encore son TGV, mais elle a son showman.
Un président qui parle en chiffres… mais sans calculatrice
Selon les propos de Tebboune, l’Algérie aurait exporté pour plus de 13 milliards de dollars de produits hors hydrocarbures. Un chiffre qui fait sourire jusqu’aux économistes les plus indulgents, tant il dépasse largement les statistiques officielles. Mais pourquoi s’embarrasser de l’INS ou de l’OMC quand on peut simplement multiplier les intentions par la foi ?
Même logique appliquée aux projets d’infrastructures : une Silicon Valley algérienne, des raffineries par dizaines, des mégaprojets d’agriculture saharienne, des universités « de niveau mondial », sans oublier l’accession imminente au groupe BRICS. Le président promet tout, partout, à tout le monde. La seule constante : l’absence de livrables.
Le président qui écrit ses discours… comme on improvise une blague
Dans toute démocratie fonctionnelle, un chef d’État est entouré d’un cabinet, de conseillers politiques, de communicants aguerris, voire d’écrivains fantômes pour ciseler ses discours. En Algérie, Tebboune semble préférer l’improvisation façon cabaret. Chaque interview ou apparition publique devient un terrain d’expérimentation oratoire, entre envolées patriotiques creuses, anecdotes mal ficelées et idées sorties tout droit d’un épisode d’« Au théâtre ce soir ».
Dernière perle en date ? L’idée que l’Algérie pourrait devenir un leader régional dans l’exportation de drones… alors que l’armée peine à entretenir ses avions de transport. À ce rythme, il ne serait pas étonnant que le président annonce bientôt la construction d’un ascenseur spatial algérien entre Tamanrasset et la Lune.
Encadré factuel : l’entourage présidentiel, ce grand vide stratégique
Contrairement à la pratique internationale, le cabinet présidentiel algérien reste opaque, quasi-inexistant sur la scène publique. Aucun visage fort, aucun conseiller technique identifié, aucune cellule de communication digne de ce nom. Les allocutions présidentielles sont rarement relues ou validées, ce qui contribue à leur dimension absurde et décousue. La centralisation du pouvoir entre les mains du président, sans contre-pouvoir ni filtre, transforme chaque discours en potentiel sketch viral.
Quand la satire devient diplomatie
À l’international, les allocutions de Tebboune sont désormais scrutées avec une attention particulière. Non pas pour y déceler une ligne stratégique ou un basculement géopolitique… mais pour le plaisir coupable qu’elles procurent. Elles circulent dans les ambassades, alimentent les railleries sur les plateaux TV, et sont partagées en boucle sur les réseaux sociaux maghrébins comme une forme de divertissement national.
Certains observateurs parlent même de « tebboonisme », une doctrine politique basée sur la déclaration gratuite, l’incohérence assumée, et la promesse recyclable.
Un président hors-sol dans un pays en crise
À l’heure où l’Algérie traverse une crise économique profonde, aggravée par la fuite des cerveaux, le chômage des jeunes et la dépendance persistante aux hydrocarbures, l’éloignement de la réalité que manifeste le président Tebboune devient préoccupant. Derrière l’humour, c’est une gouvernance déconnectée qui s’installe, menaçant non seulement la crédibilité de l’État mais aussi sa capacité à répondre aux défis du siècle.
Reste à savoir si le peuple algérien – et ses élites silencieuses – continueront longtemps à applaudir ce spectacle… ou s’ils finiront par réclamer un vrai scénario pour sortir du tunnel.