Mauvaise gestion et crises éducatives : l’enseignement marocain à l’étranger entre défaillances et défi de transparence

Bouchaib El Bazi

Le programme marocain d’enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine dans les écoles espagnoles suscite une vive polémique au sein des milieux éducatifs et politiques après l’annonce officielle par le gouvernement de Madrid de son retrait du projet, estimant que celui-ci manque de garanties suffisantes et souffre de graves dysfonctionnements dans sa mise en œuvre. Ce programme, financé par le gouvernement marocain et supervisé par des enseignants marocains sélectionnés directement par le ministère de l’Éducation nationale, visait à enseigner l’arabe et la culture marocaine dans les établissements scolaires primaires et secondaires de 12 communautés autonomes, notamment l’Andalousie, la Catalogne, Madrid, les îles Canaries, entre autres, dans le cadre d’un accord bilatéral entre Rabat et Madrid.

Selon des rapports de presse, les autorités madrilènes ont envoyé, le 24 juillet dernier, une lettre officielle au ministère espagnol de l’Éducation annonçant l’arrêt du programme à partir de l’année scolaire 2025/2026, invoquant des désorganisations, un manque de transparence dans les critères de sélection des enseignants, ainsi qu’une absence de contrôle sur les contenus pédagogiques, le niveau de formation et la maîtrise de la langue espagnole par le personnel enseignant.

Par ailleurs, l’association « Aixeca’t-Levántate » a exprimé ses inquiétudes quant au contenu des cours, appelant à clarifier s’ils comportent des références religieuses ou des dimensions contraires au caractère laïque du système éducatif espagnol, notamment au regard d’activités à portée politique ou symbolique telles que la célébration de la Marche Verte dans certains établissements, qualifiée par l’association de glorification d’un événement à connotation historique et géopolitique complexe. L’association a également soulevé dans un courrier adressé au ministère de l’Éducation des questions explicites sur la possible infiltration de concepts comme la charia ou la promotion de modèles autoritaires et de pratiques sociales incompatibles avec les valeurs démocratiques occidentales, comme le mariage des mineures ou la discrimination à l’égard des femmes.

L’association insiste sur la nécessité de quatre éléments clés pour garantir la qualité de l’enseignement : la clarté de la référence culturelle, la garantie de la neutralité religieuse, la transparence dans la formation et le recrutement, ainsi que la source de financement, appelant le gouvernement central à réaliser une évaluation exhaustive du programme avant son extension aux autres régions.

Malgré la présence de plus de 290 000 élèves musulmans en Espagne, 95 % d’entre eux ne bénéficient pas de cours d’éducation religieuse islamique, en raison de l’absence de l’offre ou du manque d’information des parents sur cette option, selon la Commission des affaires islamiques d’Espagne, qui revendique à son tour ce « droit fondamental à l’éducation ».

Parallèlement, les positions de rejet et d’inquiétude se multiplient au sein de diverses sphères espagnoles, avec des appels à plus de transparence et de rigueur dans tous les programmes éducatifs à portée extérieure, surtout lorsque s’y mêlent des dimensions politiques, religieuses et culturelles.

Le cœur du problème réside dans une mauvaise gestion de la Fondation Hassan II, qui n’a pas su établir une communication efficace avec les maires des communes et les associations de parents d’élèves. Ce même dysfonctionnement a conduit auparavant à une réduction du nombre d’enseignants dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark, qui ont fini par interdire leur service sur leurs territoires.

En Belgique, la situation n’est guère différente. Seize enseignants de langue arabe envoyés en 2023 en Wallonie pour instruire les enfants de la diaspora marocaine ont reçu une lettre administrative leur annonçant la fin anticipée de leur contrat, alors que leur mission devait s’étendre jusqu’au 31 août 2027. Le comique de la situation est d’autant plus saisissant que les autorités belges ont renouvelé leurs permis de travail et de séjour, attestant de la disponibilité des postes, mais que la Fondation Hassan II, après avoir envoyé 45 nouveaux enseignants en 2025 dans un marché qui ne comptait que douze postes, s’est retrouvée à réduire les effectifs précédents de manière précipitée et sans respect des délais convenus avec la partie belge.

La décision, communiquée fin juillet au lieu du mois d’avril exigé par l’accord bilatéral, a plongé ces enseignants et leurs familles dans un chaos personnel et professionnel, avec des conséquences telles que la résiliation de baux, l’annulation d’abonnements ou le changement d’écoles pour les enfants. Une situation kafkaïenne qui donne à la gestion marocaine une image d’amateurisme et d’improvisation, là où la diplomatie culturelle devrait s’appuyer sur la stabilité et la rigueur.

Cette crise dans la gestion de l’enseignement marocain à l’étranger, qu’il s’agisse de l’Espagne, de la Belgique ou d’autres pays européens, reflète un manque de planification, de coordination locale et de rigueur administrative, portant atteinte à l’image du Maroc sur le plan diplomatique et culturel, tout en impactant négativement les droits éducatifs des enfants de la diaspora.

Le défi aujourd’hui est d’assurer une réforme profonde de ce secteur crucial, en garantissant une référence culturelle claire, une neutralité religieuse stricte, une transparence totale dans la formation et le recrutement, ainsi qu’une coordination efficace avec tous les partenaires locaux, afin de protéger les droits éducatifs des enfants marocains à l’étranger et renforcer l’image du Maroc à l’international, loin des dysfonctionnements qui nourrissent critiques et suspicions.

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