Affaire Amir DZ : La justice française émet un mandat d’arrêt international contre un diplomate algérien, amplifiant la crise entre Paris et Alger
Bouchaib El Bazi
La tension entre la France et l’Algérie connaît une nouvelle escalade après la révélation par Le Monde de l’émission, le 25 juillet dernier, d’un mandat d’arrêt international visant Salaheddine Selloum, ancien premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie à Paris. Ce dernier est soupçonné d’avoir participé à l’enlèvement d’Amir Boukhors, dit Amir DZ, un opposant algérien réfugié en France.
Selon les informations disponibles, Selloum est poursuivi pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes ». L’enquête menée par la brigade criminelle, avec l’appui de la DGSI, a permis d’établir des éléments matériels impliquant l’ex-diplomate dans une opération présumée d’enlèvement, survenue le 29 avril 2024 à proximité du domicile d’Amir DZ, dans le Val-de-Marne.
Les investigations indiquent que ce dernier a été intercepté par des individus se faisant passer pour des policiers, avant d’être détenu pendant près de 27 heures dans des conditions opaques, avant d’être relâché dans une zone boisée. Le nom de Selloum apparaît à plusieurs reprises dans le dossier : ses téléphones ont été localisés à proximité des lieux fréquentés par la victime, et il aurait été en contact régulier avec le commando impliqué, dont un membre du consulat algérien de Créteil arrêté en avril 2025.
L’enquête révèle également que le statut diplomatique de Selloum servait de couverture à des activités relevant des services de renseignement extérieurs algériens. Il aurait quitté la France le 1er mai 2024, soit au lendemain de la libération d’Amir DZ.
Une crise diplomatique de plus en plus ouverte
Ce mandat d’arrêt intervient dans un contexte diplomatique déjà fortement tendu entre Paris et Alger. Le président Emmanuel Macron a récemment durci le ton à l’égard des autorités algériennes, appelant à « agir avec fermeté » dans une lettre publiée par Le Figaro le 6 août. Parmi les mesures annoncées : la suspension de l’accord de 2013 sur l’exemption de visa pour les passeports officiels et diplomatiques, ainsi qu’un durcissement général de la politique des visas.
En retour, Alger a réagi en mettant fin à la mise à disposition de plusieurs biens immobiliers au profit de l’ambassade de France en Algérie, sans apporter de réponse concrète aux accusations formulées contre l’un de ses anciens représentants diplomatiques.
Des pratiques inquiétantes sous les projecteurs
L’affaire Amir DZ s’inscrit dans une série de tentatives présumées d’intimidation visant des opposants algériens vivant à l’étranger, en particulier en France et en Espagne. Des journalistes comme Abdou Semmar et Hichem Aboud ont également fait état de menaces, tentatives d’enlèvement ou campagnes de dénigrement.
En Algérie, la situation des libertés publiques demeure préoccupante , près de 250 personnes, dont des journalistes et militants, seraient actuellement incarcérées pour des motifs qualifiés de politiques.
Les documents judiciaires français évoquent une implication possible de hauts responsables algériens dans la planification de l’opération visant Amir DZ, y compris de figures centrales du régime. Des noms tels que Rochdi Fethi Moussaoui (DGDSE), Mohamed Wassim Abloul (renseignements spéciaux) ou Boualem Boualem (directeur de cabinet du président) sont mentionnés comme acteurs potentiels de cette politique de répression transnationale.
Une rupture de confiance durable
Pour Paris, cette affaire marque une rupture symbolique : l’impunité dont bénéficiaient jusqu’ici certains agents du régime algérien semble révolue. Le mandat d’arrêt contre Selloum, assorti d’une diffusion internationale, envoie un message clair sur la volonté de la France de faire respecter l’état de droit, même face à des interlocuteurs diplomatiques.
Il reste à voir si cette fermeté s’inscrira dans la durée, et quelles en seront les répercussions sur les relations bilatérales. Mais une chose est certaine : le dossier Amir DZ redéfinit les contours de la crise franco-algérienne, désormais marquée par des accusations graves aux implications internationales.