“Moussem Belgica – Transnational Stories” : mémoire partagée et migration comme levier de diplomatie culturelle
Bouchaib El Bazi
À l’heure où les débats sur la migration oscillent entre enjeux économiques et crispations identitaires, un ouvrage comme Moussem Belgica – Transnational Stories vient rappeler que la mobilité humaine est aussi, et surtout, une force créatrice. Réalisé en partenariat avec le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), ce projet met en lumière soixante années de relations belgo-marocaines à travers le prisme des arts visuels, de la littérature et du cinéma. Au-delà de la simple commémoration, il s’agit d’un acte de mémoire et d’avenir, où la diaspora devient un acteur stratégique de la diplomatie culturelle.
L’ouvrage ne se limite pas à documenter des échanges artistiques : il propose une relecture critique de l’histoire commune, en révélant comment les artistes d’origine marocaine transforment leur pays d’accueil tout en renouvelant la scène artistique marocaine. Cette double appartenance nourrit un « canon alternatif » qui échappe aux clichés, tout en consolidant les liens affectifs et culturels entre les deux rives.
En organisant des événements à Tanger, Oujda et Bruxelles, Moussem Centre Nomade des Arts offre un espace où se croisent mémoire migratoire, héritage patrimonial et création contemporaine. Ce que Mohamed Ikoubâan, fondateur du Moussem, nomme « la pollinisation croisée » devient ici une métaphore puissante : les récits, images et imaginaires circulent, s’hybrident et redessinent les contours d’identités multiples, à la fois locales et globales.
Dans un contexte international où les campagnes de désinformation cherchent à réduire la migration à un problème, Moussem Belgica – Transnational Stories affirme au contraire que la mobilité humaine est un patrimoine vivant, et que la diaspora marocaine est un vecteur d’influence et de rayonnement qui dépasse de loin les frontières physiques.