L’Union européenne… ou l’art de vouloir dompter l’intelligence artificielle avant qu’elle ne nous dompte

Bouchaib EL BazI

Bruxelles, capitale mondiale de la paperasserie élégante, a décidé de placer “l’intelligence” dans une cage réglementaire avant que l’IA n’apprenne à rédiger elle-même ses propres lois. Résultat : la loi sur l’intelligence artificielle la plus exhaustive au monde, accompagnée d’un accessoire chic : un « Code de bonnes pratiques » non contraignant, mais formulé avec le ton de la mère qui dit à son enfant : « Je ne t’oblige pas… mais tu vas le faire. »

Née d’un an de gestation entre experts, universitaires et lobbyistes, la fameuse « Code » promet transparence, sécurité et respect du droit d’auteur. Mais, en réalité, elle permet aussi aux entreprises qui ne la signent pas de bricoler leur propre façon de prouver qu’elles respectent la loi — autrement dit, suivez les règles ou écrivez-nous que vous avez suivi quelque chose qui y ressemble.

Polémique à la sauce bruxelloise

Les ONG accusent Bruxelles d’avoir offert aux géants de la Silicon Valley des places VIP à la table des négociations. D’autres saluent l’inclusivité du processus, tout en admettant qu’il fallait une formation d’ingénieur et un diplôme en survie administrative pour le suivre.
Quant à la transparence, le débat a viré à la discussion philosophique : qui détient vraiment la recette de la soupe numérique et doit-on la partager ?

Pendant ce temps, certains universitaires estiment que le Code ne protège pas assez les utilisateurs, alors que les industriels craignent que la loi ne transforme l’Europe en terrain de jeu… sans buts, tandis que les Américains et les Chinois continuent de marquer.

Les géants du numérique… entre signatures et soupirs

OpenAI et Anthropic ont signé le Code. Meta, elle, observe encore de loin, arguant qu’un excès de règles pourrait étrangler le développement de l’IA. Même Google, pourtant prête à parapher, prévient : à ce rythme, l’Europe pourrait devenir la dernière à profiter de la révolution qu’elle régule.

Et comme toujours, la politique s’en mêle. L’ancien président de la BCE, Mario Draghi, a décrit ces textes comme “lourds et contraignants” et a appelé à les simplifier, sous peine de voir Bruxelles devenir un musée de la régulation pendant que le reste du monde vend et innove.

Washington… et sa méthode “laisser courir”

De l’autre côté de l’Atlantique, l’administration Trump nouvelle version adopte une approche plus détendue : « Laissez l’IA courir librement, et on verra plus tard pour la clôture. » Le vice-président JD Vance a même accusé l’UE d’« étrangler » la technologie à coups de règlements.

Code modèle ou note de bas de page ?

Malgré les polémiques, ses partisans voient dans ce Code un possible modèle mondial, comme l’ont été d’autres directives européennes. Il documente réussites et échecs, espérant servir soit de guide, soit d’avertissement.

Reste à voir si Bruxelles saura faire évoluer ce texte et préserver son image de capitale de la gouvernance “démocratique” de l’IA… ou si elle finira comme l’exemple parfait de ce qui se passe quand la bureaucratie essaie de dresser quelque chose qui s’appelle “intelligence”.

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