Analyse de la mobilisation sécuritaire en Algérie le 8 août 2025 : entre prévention officielle et crainte d’un regain contestataire

Bouchaib El Bazi

La journée du vendredi 8 août 2025 a été marquée par une mobilisation sécuritaire exceptionnelle en Algérie, traduisant l’état d’alerte du pouvoir central face à la perspective d’un retour des manifestations populaires. Cette tension est survenue à la suite de multiples appels diffusés sur les réseaux sociaux, invitant à des rassemblements en solidarité avec la population de Gaza. Les autorités ont réagi par un déploiement généralisé des forces de l’ordre, l’établissement de barrages aux abords des grandes villes et la mise en place d’un dispositif de communication coordonné impliquant médias, encadrement religieux et acteurs institutionnels.

Stratégie religieuse et médiatique

Dès le jeudi 7 août, le quotidien El Khabar, considéré comme proche du ministère de la Défense nationale, publiait en première page un article appelant explicitement à éviter toute manifestation. Ce contenu a été repris le soir même par la télévision publique en ouverture du journal télévisé. Le lendemain, les prêches du vendredi ont été unifiés dans l’ensemble du territoire national, sous la direction des autorités religieuses, pour insister sur l’illégitimité, d’un point de vue doctrinal, de toute contestation ou rébellion contre le pouvoir en place. Ces messages, articulés autour de la nécessité de préserver la « sécurité, la stabilité et l’unité nationale », ont désigné plusieurs acteurs étrangers, notamment la France, le Maroc et Israël, comme parties supposées responsables des tensions internes.

Dispositif sécuritaire et surveillance renforcée

Les mesures adoptées ont inclus la présence inhabituelle d’agents en civil — issus des services de renseignement, de la police, de la gendarmerie ou de l’armée — au sein même des mosquées, lesquelles ont été ouvertes dès l’aube et rapidement saturées. Les lieux de culte ont également été encerclés par des unités antiémeutes afin d’éviter toute occupation de l’espace public après la prière. En parallèle, des barrages routiers ont été érigés aux entrées des grandes agglomérations, en particulier Alger, afin de limiter l’afflux de participants potentiels venus de la périphérie.

Répression préventive et gestion des acteurs politiques

Les jours précédents, soit les 6 et 7 août, plusieurs dizaines de militants identifiés pour leur engagement passé au sein du mouvement Hirak (2019-2021) ont été arrêtés dans diverses villes. Certains ont été libérés sous condition de signer un engagement à ne pas participer ou inciter à des manifestations, tandis que d’autres, ayant refusé cette condition, sont restés en détention. Par ailleurs, une dizaine de partis politiques, toutes tendances confondues, avaient déposé des demandes officielles pour organiser une marche en solidarité avec Gaza. Ces requêtes ont été systématiquement rejetées, les autorités proposant en substitution des rassemblements limités à des espaces fermés dûment agréés.

Un contexte de fragilité politique et sociale

Cette réaction rapide et coordonnée traduit la sensibilité particulière du régime face à tout mouvement de contestation publique, surtout dans un contexte où les facteurs de crise s’accumulent : isolement diplomatique, divisions internes au sein de l’élite dirigeante et absence de légitimité démocratique ou historique. Les slogans du Hirak, appelant à un État civil et dénonçant l’emprise militaire, restent ancrés dans la mémoire collective et constituent, aux yeux du pouvoir, un risque politique majeur. La mobilisation du 8 août s’inscrit ainsi dans une logique de prévention visant à contenir toute forme de mobilisation de masse susceptible de ranimer la dynamique protestataire interrompue depuis 2021.

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