Algérie – “Vendredi noir” : la Kabylie en ébullition, tensions sécuritaires à travers le pays

Youssef Lefraj

La journée de ce vendredi a été marquée par un climat de tension sans précédent en Kabylie et dans plusieurs autres régions d’Algérie, où un appel à la mobilisation citoyenne a donné lieu à un large déploiement sécuritaire et à des affrontements sporadiques.

L’appel, relayé depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux par des collectifs locaux, des syndicats et des activistes kabyles, dénonçait à la fois la répression politique et la détérioration des conditions économiques. Parmi les déclencheurs identifiés :

  • Arrestation de militants et sympathisants du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK).

  • Condamnation de journalistes indépendants pour « atteinte à l’unité nationale ».

  • Renforcement du dispositif sécuritaire dans les wilayas de Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira.

  • Pénuries et difficultés économiques persistantes.

Une Kabylie paralysée

Dès l’aube, Tizi Ouzou présentait les signes d’une paralysie totale : commerces fermés, circulation interrompue, établissements publics vides. Dans les quartiers périphériques de Boukhalfa, Redjaouna ou Azazga, des groupes de manifestants ont scandé des slogans hostiles au régime militaire et favorables à l’autonomie régionale. Des interventions policières, appuyées par des tirs de gaz lacrymogènes, ont été rapportées, ainsi que plusieurs arrestations.

Mobilisation au-delà de la région

Bien que centrée sur la Kabylie, la contestation a trouvé un écho dans d’autres villes. À Alger, des mobilisations ponctuelles ont éclaté dans des quartiers populaires tels que Bab El Oued, El Harrach et Belouizdad, rapidement dispersées par les forces de l’ordre. À Constantine et Oran, des rassemblements pacifiques ont été observés, tandis qu’à Ghardaïa, des habitants ont dénoncé la marginalisation des régions historiquement critiques envers le pouvoir central.

Fracture persistante et crispation politique

Ce « vendredi noir » illustre la persistance d’une fracture profonde entre la région kabyle et l’État algérien. Alors que les autorités qualifient ces mobilisations de menace pour l’unité nationale, de nombreux citoyens y voient une réaction légitime à des décennies de marginalisation, de répression politique et de déni culturel.

Des ONG locales et internationales ont signalé des arrestations arbitraires dans la nuit précédant les manifestations, exprimant leurs craintes quant à une intensification des mesures coercitives dans les prochains jours.

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