Diplomatie algérienne : la Somalie comme nouvel outil dans la croisade anti-marocaine
Hanane El Fatihi
L’inauguration en grande pompe du nouveau siège de l’ambassade de Somalie, à Alger, n’a rien d’un simple rituel protocolaire. Elle s’inscrit dans la stratégie persistante d’Alger : entretenir ses réseaux résiduels, séduire ses rares partenaires et instrumentaliser toute relation bilatérale pour servir une cause unique — l’hostilité au Maroc sur le dossier du Sahara.
Dimanche soir, la capitale algérienne a déroulé le tapis rouge pour Abdisalam Omar Abdi Ali, ministre somalien des Affaires étrangères. Discours emphatiques, décorations, gestes fraternels : tout y était pour magnifier « la solidarité de longue date » entre les deux États, comme le vantait une dépêche fleuve de l’agence APS. Officieusement, l’enjeu est ailleurs.
La carte somalienne au Conseil de sécurité
Membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Somalie prend part, en octobre prochain, à un vote crucial sur le Sahara. Pour l’Algérie, également membre non permanent dans sa deuxième et dernière année, chaque voix compte. Selma Bakhta Mansouri, secrétaire d’État aux Affaires africaines, a insisté sur « les opportunités supplémentaires de concertation » qu’offre cette double présence au Conseil. Traduction : tenter de peser sur la résolution à venir.
Cette opération séduction s’inscrit dans la ligne traditionnelle de la diplomatie algérienne : concentrer énergie et ressources sur la confrontation avec Rabat, quitte à reléguer au second plan d’autres priorités.
La Slovénie, l’Italie… et le reste
La méthode n’est pas nouvelle. En mai dernier, Abdelmadjid Tebboune s’était rendu en Slovénie, espérant capitaliser sur un vote favorable de Ljubljana à des amendements algériens lors de la résolution 2756 du Conseil de sécurité (31 octobre 2024). Amendements rejetés, absence de vote algérien, et échec diplomatique cuisant.
Même scénario en Italie, en juillet : Tebboune a attribué à Georgia Meloni un « soutien » au « peuple sahraoui » qu’elle n’a jamais exprimé. Le communiqué conjoint italien n’a retenu qu’une formule neutre sur une solution « mutuellement acceptable ».
Une diplomatie à rendement limité
Ces épisodes révèlent les limites de la stratégie algérienne : exploiter chaque nuance de langage pour présenter comme victoire diplomatique ce qui n’est souvent qu’un rappel de position de principe. Sur le terrain, l’appui international au plan d’autonomie marocain se consolide, porté par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni — tous membres permanents du Conseil de sécurité.
Quant à la Somalie, Alger espère infléchir sa position. Mais un détail pourrait réduire à néant ces ambitions : Mogadiscio a déjà ouvert un consulat à Dakhla.