Maroc – Vers un tournant stratégique : plaider pour le classement du Polisario comme organisation terroriste
Bouchaib El Bazi
Dans une initiative qui pourrait redéfinir les paramètres du dossier du Sahara marocain, le Centre national d’études stratégiques appelle les États partenaires du Royaume à franchir un pas décisif : classer le Polisario parmi les organisations terroristes.
Une telle démarche, à la croisée des enjeux juridiques, sécuritaires et diplomatiques, vise à replacer le conflit dans un cadre élargi : celui de la lutte internationale contre le terrorisme.
Du champ politique au registre sécuritaire
L’idée n’est pas nouvelle sur la scène internationale. Aux États-Unis, un projet de loi présenté par le député républicain John Wilson proposait déjà de sanctionner le Polisario, en gelant ses avoirs et en interdisant de voyage ses membres, au motif de ses liens supposés avec l’Iran, le Hezbollah et des réseaux criminels transsahariens.
Pour Rabat, le moment est venu d’internationaliser cette lecture sécuritaire : intégrer le dossier dans l’agenda global de la guerre contre le terrorisme et priver le mouvement séparatiste de l’appui logistique et politique dont il bénéficie encore.
Les arguments avancés par Rabat
Dans un communiqué, le Centre national d’études stratégiques a dressé une liste d’éléments à charge :
- Attaques ciblées contre des civils
- Trafic d’armes et de stupéfiants
- Recrutement d’enfants soldats
- Coordination avec des groupes djihadistes actifs dans le Sahel
Pour Mohamed Tayyar, président du Centre et expert sécuritaire, ce changement de paradigme donnerait au Maroc un appui juridique international inédit. « Il s’agirait de passer d’un différend régional instrumentalisé par Alger à un enjeu sécuritaire global, mobilisant des alliances et des pressions diplomatiques beaucoup plus larges », explique-t-il.
Conséquences attendues d’un tel classement
- Gel et saisie des avoirs du Polisario dans les circuits financiers internationaux
- Interdiction des déplacements de ses cadres à l’étranger
- Criminalisation de tout financement ou appui logistique à la mouvance
- Réduction du soutien même parmi ses alliés traditionnels, y compris en Algérie, du fait de la stigmatisation associée au label « terroriste »
Ce repositionnement pourrait également modifier la perception médiatique internationale : l’image d’un « mouvement politique » céderait la place à celle d’un acteur violent transfrontalier, comparable à d’autres groupes armés du Sahel.
Dans la continuité des succès diplomatiques marocains
Cette offensive intervient après une série de victoires diplomatiques, notamment l’appui des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni et de l’Espagne au plan d’autonomie marocain (proposé depuis 2007), jugé « réaliste et crédible ».
La diplomatie marocaine, active sur les scènes européenne, africaine et latino-américaine, a également réussi à rallier des États naguère acquis aux thèses séparatistes.
En somme, si la classification du Polisario comme organisation terroriste se concrétise, le Maroc disposera d’un levier stratégique supplémentaire, transformant le cadre du conflit et consolidant sa position comme acteur clé de la lutte internationale contre l’instabilité dans la région.