Algérie… Quand le rapprochement des voisins devient “menace stratégique”
Hanane El Fatihi
Il n’aura pas fallu longtemps pour que l’Algérie tire la sonnette d’alarme après les récents accords de coopération entre le Maroc et la Mauritanie. À en croire un article publié le 10 août par le journal La Patrie, ce rapprochement ne serait pas seulement préoccupant, mais constituerait une menace directe pour ses intérêts, en particulier dans le dossier du Sahara marocain.
Le quotidien parle d’“alliance politico-stratégique” dépassant le simple cadre économique pour redessiner les équilibres d’influence au Sahel et au Sahara. L’inquiétude va jusqu’à accuser Nouakchott de “jouer sur deux tableaux”, en pointant du doigt des projets d’infrastructures et de corridors routiers, notamment le futur axe Bir Moghrein – Amgala, perçu à Alger comme un prolongement du poste frontalier de Guerguerat. On pourrait presque croire que la construction d’une route entre deux villes voisines est, en soi, une manœuvre militaire.
Le malaise s’est accentué le 6 août, lorsque le ministère mauritanien de l’Équipement et des Transports a annoncé une série de grands projets – lignes ferroviaires, routes, ponts – visant à relier le nord du pays à Nouakchott. Pour Alger, il ne s’agit pas d’un simple plan de développement, mais d’un “câble logistique” offert au Maroc pour renforcer son influence.
Pour Mohamed Salem Abdel Fattah, président de l’Observatoire saharien des médias et des droits de l’homme, cette inquiétude est révélatrice , “L’échec des tentatives algériennes de brouiller le partenariat stratégique entre Rabat et Nouakchott amène Alger à percevoir chaque accord, chaque chantier, comme une menace directe.” Selon lui, l’harmonie croissante entre les deux capitales réduit les marges de manœuvre dont l’Algérie a longtemps profité, aussi bien dans le dossier du Sahara que dans les affaires du Sahel.
Tandis que Rabat considère Nouakchott comme un partenaire fiable, Alger persiste à voir en la Mauritanie un “numéro géopolitique sensible” à neutraliser. Or, cette dernière affiche une volonté d’indépendance accrue dans ses choix souverains et un intérêt marqué pour les coopérations porteuses de gains économiques, sécuritaires et logistiques.
Sur le terrain, la dynamique est claire , forums économiques conjoints, nouvelles liaisons routières, coordination sécuritaire renforcée, et initiatives culturelles ravivant les liens historiques entre les deux peuples. Avec l’ouverture prochaine du corridor Bir Moghrein – Amgala, cette coopération devrait encore s’intensifier. Pendant ce temps, l’Algérie observe, s’inquiète… et publie des mises en garde.
Au fond, la leçon est simple , les relations entre États se construisent sur des intérêts partagés, non sur une méfiance chronique. Construire des routes et des ponts entre le Maroc et la Mauritanie ne signifie pas forcément brûler ceux avec l’Algérie… à moins qu’elle ne décide de le faire elle-même.