En Algérie, il y a des vérités qu’on n’écrit pas dans les manuels scolaires. La première , le dinar, ce bout de papier coloré censé représenter la richesse nationale, ne vaut que là où flotte le drapeau vert, blanc et rouge. En dehors des frontières, il ne suscite qu’un haussement d’épaules poli, voire un sourire compatissant. Même dans les bureaux de change les plus exotiques, ceux qui acceptent le franc comorien ou le shilling ougandais, le dinar reste un parfait inconnu.
Dans les nations puissantes, la monnaie est un passeport invisible. Le dollar, l’euro, le yen , autant de symboles de confiance et d’influence. En Algérie, c’est tout l’inverse , le citoyen qui ose franchir les frontières se retrouve avec des billets bons seulement pour caler une table bancale. Le touriste algérien doit s’armer d’ingéniosité, de patience… ou d’un cousin à l’étranger prêt à jouer les distributeurs automatiques.
Pendant ce temps, le régime militaire, qui se prend pour le gardien de la patrie, a méthodiquement détourné les ressources du pays pour ses propres privilèges, laissant le peuple à sec – au sens propre comme au figuré. L’Algérie, jadis vantée pour ses nappes phréatiques, se découvre aujourd’hui incapable d’offrir de l’eau potable en continu à ses citoyens. Les robinets s’assèchent, tout comme les étagères des magasins où le lait, l’huile et d’autres produits de première nécessité se font désirer comme des denrées de luxe.
Ironie de l’histoire , même certains pays africains classés parmi les plus pauvres – comme le Malawi ou le Niger – disposent de monnaies qu’on peut échanger dans des bureaux de change internationaux. Le dinar, lui, reste assigné à résidence.
Et si l’Algérien veut se plaindre de cet état de fait ? Mauvaise idée. Ici, la liberté d’expression n’est pas une denrée rare, c’est une espèce menacée. Ceux qui parlent trop fort finissent souvent… derrière les barreaux, là où la valeur de la monnaie n’a plus la moindre importance.