Paris raccourcit la laisse du régime algérien… et l’Europe ferme les fenêtres

Bouchaib El Bazi

En diplomatie, il y a ceux qui agitent des menaces, et ceux qui passent à l’action. La France, lasse des mises en scène du régime algérien, est passée de la posture au geste, en visant là où ça fait mal : les privilèges les plus sensibles d’une élite qui connaît mieux les plages de la Côte d’Azur que les robinets à sec d’Alger.

L’été 2025 n’a rien d’un été ordinaire. La mèche a été allumée par la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur son Sahara, alimentée par les tensions sur la question migratoire et le refus d’Alger de reprendre ses ressortissants visés par une OQTF. Résultat : un arsenal de mesures à l’ADN juridique et européen, taillé sur mesure pour arracher à la nomenklatura algérienne ses passeports dorés et refermer les portes des salons VIP.

Des visas aux listes noires

En un trait de plume, Emmanuel Macron a suspendu l’accord de 2013 offrant aux détenteurs de passeports diplomatiques et de service des visas quasi automatiques. Les mêmes visages qui flânaient entre Orly et Roissy vont désormais se heurter à des portes closes – non seulement en France, mais dans tout l’espace Schengen. Et la douche froide ? Une liste préliminaire de près de mille responsables algériens – ministres, députés, walis, magistrats – désormais persona non grata en Europe, à l’exception de quelques diplomates encore utiles au maigre fil du dialogue.

Même les aéroports ont été “libérés” : Paris a retiré les badges spéciaux permettant aux « valises diplomatiques » de passer sans contrôle, après avoir documenté leur usage pour transporter de tout… sauf de la diplomatie : liasses de billets, cadeaux destinés au marché parallèle, et colis privés pour hauts responsables. Un diplomate français résume : « Orly et Roissy, vus d’Alger, c’était un peu la maison de l’oncle M’hand. » Jusqu’à ce que Paris décide de claquer la porte.

L’Italie… pas le plan B espéré

Le pari algérien sur « l’option italienne » pour contourner les sanctions a vite tourné court : Rome applique le principe de solidarité de Schengen et, sur le dossier du Sahara, défend le plan d’autonomie marocain. Quant aux accords gaziers que brandit fièrement Tebboune, ils ont surtout enrichi l’Italie, devenue hub énergétique pour l’Europe, sans fournir à Alger le levier diplomatique escompté.

Et que dire de l’illusion selon laquelle Giorgia Meloni influencerait Donald Trump pour réorienter Paris ? Un journaliste l’a résumé : « Un exercice de géopolitique… niveau maternelle. »

La fin d’un vieux compromis

La France ne se contente pas cette fois de réagir : elle encadre juridiquement ses mesures, les étend au niveau européen, et frappe là où ça pique – dans les hôtels cinq étoiles, les cliniques privées et les boutiques du boulevard Haussmann. Le régime Tebboune, qui attaquait Paris dans ses discours tout en profitant de sa générosité en coulisses, se retrouve enfermé dans un récit qu’il ne contrôle plus.

Le message est limpide : l’ère des cartes diplomatiques ouvrant toutes les portes est révolue. Et pour ceux qui trouvent cela injuste, il reste toujours les côtes turques… où des amis locaux se feront un plaisir d’immortaliser leurs vacances sur Instagram.

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