Pékin et Moscou face au tournant stratégique du Sahara marocain

Bouchaib El Bazi

Depuis 2020, trois grandes puissances occidentales – les États-Unis, la France et le Royaume-Uni – ont officialisé leur reconnaissance de la marocanité du Sahara. Deux acteurs majeurs restent encore à rallier à cette position , la Chine et la Russie. Or, selon des sources diplomatiques concordantes, Pékin comme Moscou envisageraient désormais de franchir le pas. La question n’est plus « si », mais « quand ».

Le timing n’a rien de fortuit. « Le Sahara marocain est sorti du cadre purement politique, il s’impose aujourd’hui comme un carrefour stratégique de matières premières critiques », explique le journaliste et analyste Bouchaib El Bazi. En effet, la région concentre des atouts devenus vitaux dans la transition énergétique mondiale , phosphates, énergie solaire et éolienne, métaux rares, et surtout des terres rares indispensables aux batteries de nouvelle génération.

Pour Pékin, l’équation est claire. Ses géants industriels – CNGR, LG Chem, Huayou Cobalt – installent déjà leurs usines sur le sol marocain, misant sur la stabilité politique et la proximité logistique avec l’Europe et l’Afrique. Dans cette optique, le Sahara marocain n’est plus une incertitude géopolitique, mais un pari industriel rentable et sécurisé. La France, qui a réchauffé ses relations avec Rabat après plusieurs mois de tensions, s’inscrit dans cette dynamique : projets d’infrastructures, lignes électriques transfrontalières, et appui diplomatique renforcé témoignent de ce repositionnement stratégique.

La Russie, pour sa part, évalue l’opportunité d’intégrer ce nouveau centre de gravité économique africain dans ses réseaux d’influence, notamment face à la montée en puissance turque au Sahel et à l’instabilité chronique de l’Algérie. « Rabat se positionne comme une alternative crédible et fiable dans un Maghreb en ébullition », souligne El Bazi. Cette posture, associée à une diplomatie active vers l’Asie, l’Afrique et l’Europe, renforce l’image du Maroc comme pivot régional incontournable.

En toile de fond, les tensions migratoires persistent sur les routes atlantiques et sahéliennes, et Alger observe avec une crispation croissante ce réalignement stratégique qui isole progressivement sa position. La question reste donc ouverte , Pékin et Moscou iront-elles jusqu’à reconnaître officiellement le Sahara comme marocain ? Si tel est le cas, le Maroc bouclerait l’un des chapitres diplomatiques les plus ambitieux de son histoire récente, ancrant définitivement le Sahara dans l’ordre géoéconomique du XXIe siècle.

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