Sahara marocain : Washington met Alger sous pression et brandit la menace d’un classement terroriste pour le Polisario

Bouchaib El Bazi

Un tournant diplomatique majeur semble se dessiner à New York. Selon des sources diplomatiques citées par Le Journal, les États-Unis, la France et le Maroc coordonnent actuellement leurs positions au sein des Nations Unies pour imposer une dynamique nouvelle au dossier du Sahara. L’axe transatlantique veut accélérer le règlement du conflit en consolidant l’idée que l’autonomie sous souveraineté marocaine constitue la seule issue crédible.

Une pression ciblée sur Alger

D’après les informations obtenues, Washington aurait fixé à Alger un délai limité pour convaincre le Polisario de s’asseoir à la table des négociations. Le message, porté notamment par le secrétaire d’État américain Marco Rubio le 8 avril 2025, est clair : il est temps d’ouvrir un dialogue sérieux sur l’initiative marocaine, ou d’assumer un isolement diplomatique croissant.

Deux chantiers explosifs au Conseil de sécurité

Dans les coulisses, deux projets de résolution circulent déjà parmi les membres du Conseil :

  1. L’examen d’un éventuel classement du Polisario comme organisation terroriste. Cette orientation s’appuie sur des rapports évoquant des liens avérés avec des groupes armés au Sahel et sur les revendications d’attaques contre des civils marocains, notamment à Smara.
  2. Le retrait du dossier de la Quatrième Commission de l’ONU. Ce comité, chargé historiquement de la décolonisation, est jugé par les partisans de Rabat comme un cadre dépassé qui entretient le statu quo.

Washington hausse le ton

La visite récente de Nasser Bourita à Washington illustre la fermeté croissante des États-Unis. Le ministre marocain des Affaires étrangères a rencontré plusieurs figures influentes du Congrès, dont le sénateur Lindsey Graham et le représentant Joe Wilson. Ce dernier a même annoncé son intention de déposer un projet de loi visant à classer officiellement le Polisario comme organisation terroriste.

Parallèlement, l’administration américaine menace de revoir sa contribution au budget de la MINURSO, dont elle finance près de 27 %. Un signal explicite : si l’ONU ne parvient pas à débloquer le processus, Washington pourrait réduire son implication, renforçant ainsi la ligne marocaine.

Paris de retour dans le jeu

La France, partenaire historique du Maroc, semble s’aligner à nouveau après une période de froid diplomatique. Paris soutient la relance du processus autour de l’autonomie et participe aux discussions sur la réforme du cadre onusien. L’objectif affiché : couper court aux illusions d’un référendum d’indépendance qui, selon les chancelleries occidentales, n’est plus d’actualité depuis longtemps.

Vers une recomposition régionale ?

Derrière ce durcissement, une conviction partagée : le Sahara n’est plus seulement un dossier politique, mais un enjeu stratégique mondial. Avec ses réserves massives de phosphates, de terres rares et son potentiel dans l’énergie verte, la région est désormais perçue comme un pivot de la transition énergétique internationale. Pour Washington comme pour Paris, le Maroc stable et tourné vers l’avenir constitue un partenaire naturel face à une Algérie fragilisée et à un Maghreb en recomposition.

En plaçant Alger face à un ultimatum et en agitant la menace d’un isolement diplomatique, l’alliance tripartite Washington–Rabat–Paris rebat les cartes du dossier saharien. Si le Polisario et son parrain algérien persistent dans l’intransigeance, le risque de voir l’organisation classée terroriste deviendra une hypothèse tangible. Ce qui ouvrirait une ère nouvelle, où le conflit du Sahara basculerait du champ diplomatique classique vers celui de la sécurité internationale.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.