Maroc : les transferts des MRE, d’un geste de solidarité à un levier stratégique d’investissement
Par Bouchaib El Bazi
Traditionnellement associés à la solidarité familiale, les transferts financiers des six millions de Marocains résidant à l’étranger (MRE) connaissent aujourd’hui une profonde mutation. Ils ne se limitent plus à soutenir les proches restés au pays, mais s’orientent désormais vers des investissements structurants dans des secteurs stratégiques tels que les énergies renouvelables, les services, le tourisme ou encore les hautes technologies.
En tant que journaliste spécialisé dans les questions économiques et migratoires, j’observe depuis plusieurs années cette transformation silencieuse, mais décisive, dans le rôle joué par la diaspora marocaine. La nouvelle génération de MRE, diplômée, cosmopolite et tournée vers l’innovation, considère le Maroc non seulement comme une terre d’attachement, mais aussi comme un espace privilégié pour développer ses capitaux et ses idées.
Des capitaux qui changent de nature
Il y a à peine deux décennies, la majorité des fonds rapatriés servaient au soutien des familles, à la construction de maisons individuelles ou à des projets à caractère social. Aujourd’hui, ces mêmes capitaux alimentent des secteurs porteurs, capables de générer de la valeur ajoutée et des emplois qualifiés.
Les chiffres sont éloquents : durant le premier semestre 2025, les transferts des MRE ont atteint 50 milliards de dirhams, alors qu’en 2024, ils avaient déjà franchi la barre des 120 milliards. Ces montants dépassent parfois les recettes de certaines filières d’exportation emblématiques comme l’automobile ou les phosphates.
Une diaspora stratégiquement connectée
Ce changement de paradigme reflète la montée en puissance d’une génération qui maîtrise les codes de la finance, de l’innovation et du management international. Elle injecte dans l’économie marocaine non seulement des fonds, mais aussi un savoir-faire et un réseau relationnel précieux.
De Casablanca à Tanger Med, en passant par Marrakech et Agadir, l’empreinte des MRE se lit dans le développement d’hôtels, de startups technologiques ou de projets industriels qui dynamisent les territoires.
Fidélité et attachement au pays d’origine
Au-delà des chiffres, ces investissements traduisent un lien affectif indéfectible. Chaque été, l’opération Marhaba illustre cette fidélité. En août 2025, près de 3 millions de MRE ont traversé les frontières marocaines, soit une hausse de 10 % par rapport à l’année précédente, alors que l’opération n’est pas encore achevée. Contrairement aux discours sceptiques de certains adversaires du Maroc, cette mobilisation témoigne d’un attachement profond, consolidé par des retours réguliers et des engagements concrets.
Un moteur pour la croissance nationale
En diversifiant leurs investissements, les MRE deviennent aujourd’hui des acteurs centraux de la stratégie économique du Maroc. Leur apport dépasse la simple solidarité pour s’inscrire dans une logique de croissance, d’innovation et de compétitivité internationale.
À l’heure où le Royaume cherche à renforcer son positionnement dans les énergies propres, l’industrie 4.0 et le tourisme durable, la diaspora apparaît comme un levier incontournable, capable de rivaliser avec les secteurs d’exportation traditionnels.
En somme, les MRE ne sont plus seulement les messagers d’un soutien affectif et familial : ils incarnent désormais une force économique globale, reliant le Maroc aux dynamiques mondiales et participant directement à la construction d’un avenir prospère et souverain.