Le Maroc trace les lignes d’une nouvelle génération de programmes de développement local

Par Bouchaib El Bazi

Dans le sillage des orientations royales visant à instaurer une justice spatiale et à réduire les disparités internes, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a adressé une circulaire aux walis et gouverneurs les invitant à concevoir un nouveau cycle de programmes de développement territorial intégrés. Ces initiatives devront cibler, de manière plus fine et anticipative, les besoins locaux en matière d’emploi, de services sociaux de base et de gestion durable des ressources en eau, afin d’éviter que les inégalités persistantes ne deviennent un levier de récupération politique ou électorale.

Le ministre a insisté sur la nécessité de rompre avec une approche descendante pour adopter un modèle participatif et inclusif, mobilisant l’ensemble des acteurs locaux. L’enjeu est double : d’une part, renforcer la cohésion territoriale à travers la valorisation des spécificités régionales et l’application effective de la régionalisation avancée ; d’autre part, prémunir les politiques publiques contre le risque de leur instrumentalisation électorale.

Ce rappel s’inscrit dans la continuité du discours du Trône de juillet dernier, où le roi Mohammed VI avait dénoncé la persistance de foyers de pauvreté et de fragilité, notamment dans le monde rural, malgré les efforts consentis. « Il n’y a pas de place, aujourd’hui ni demain, pour un Maroc à deux vitesses », avait affirmé le souverain, appelant à un recentrage des politiques de développement.

Pour Abdelouafi Laftit, la réussite de cette nouvelle dynamique ne réside pas uniquement dans la réalisation d’infrastructures ou de projets sectoriels, mais surtout dans la capacité de l’État à préserver la neutralité de l’action publique et à consolider un contrat social basé sur l’équité et la confiance. Le chercheur en sciences politiques Hicham Lafqih souligne d’ailleurs que « politiser le développement revient à le vider de sa portée stratégique nationale et à nourrir une défiance citoyenne vis-à-vis du champ politique ».

À l’approche des élections législatives de 2026, le signal envoyé par le ministère de l’Intérieur est clair : le développement doit rester une priorité nationale, indépendante des calculs partisans. Il s’agit d’un projet structurant qui ambitionne non seulement de réduire les fractures sociales et territoriales, mais aussi de renforcer l’attractivité régionale, la compétitivité économique et la durabilité environnementale, avec une attention particulière aux zones rurales.

En définitive, ce « nouveau contrat territorial » se veut un instrument au service de la citoyenneté et du progrès collectif, loin des logiques clientélistes ou électoralistes. Le pari du Maroc est donc celui d’une développement à la fois inclusif, équitable et politiquement neutre, condition sine qua non pour consolider la confiance et donner corps à l’ambition d’un Maroc unifié et solidaire.

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