Abdellah Boussouf : « L’art, mémoire vive de la résistance nationale »

Par Bouchaib El Bazi

À l’occasion d’un colloque national organisé ce vendredi par le Haut-Commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’Armée de libération, sous le thème « L’art et l’histoire… la résistance nationale comme horizon de pensée », le Dr. Abdellah Boussouf, secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, a prononcé une conférence marquante intitulée « Le rôle de l’art dans la résistance nationale ». L’événement a réuni une élite de chercheurs et de spécialistes de l’histoire politique et culturelle du Maroc.

Dans son intervention, Boussouf a tenu à rappeler que la résistance marocaine n’a pas seulement été un affrontement armé ou une action politique classique. Elle a aussi pris la forme d’un mouvement culturel profond, mobilisant le zajal, le melhoun, les chants populaires, les fresques et le théâtre pour nourrir l’esprit patriotique et forger une mémoire collective. Ainsi, le Maroc a résisté à la fois par le fusil et par la parole, par l’action directe et par le symbole.

« L’art, en tant que langage capable de contourner la censure et de pénétrer les consciences, a joué un rôle central dans la construction de l’identité nationale et dans l’expression du refus populaire de l’occupation », a affirmé le conférencier.

La poésie et la musique comme armes silencieuses

Selon Boussouf, les zaouïas, les médinas et les campagnes ont servi de foyers à cet art résistant. La poésie orale, les mélodies et les récits collectifs ont constitué des outils de mobilisation et de cohésion symbolique, dans un contexte marqué par l’interdiction et la répression. L’orateur a cité en exemple la chanson populaire, qui affirmait l’allégeance au trône légitime, et les poèmes oraux relatant des instants de révolte, de patience et d’espérance. Ces expressions artistiques, a-t-il souligné, ont formé une frontière invisible mais essentielle de la lutte, parallèle aux champs de bataille.

Le message caché des œuvres créatives

Boussouf a insisté sur ce qu’il appelle « la lettre invisible de l’art ». Les créations artistiques, selon lui, véhiculaient un discours politique implicite tout en remplissant une double fonction : éducative et documentaire. Il a évoqué, à ce titre, l’épisode de la « vision de Mohammed V dans la lune », symbole d’un imaginaire populaire vibrant qui traduisait l’attachement du peuple marocain à la liberté et à la souveraineté. Pour Boussouf, cet épisode illustre la manière dont le mythe collectif se transforme en instrument de résistance.

Un patrimoine à revisiter pour le futur

Le secrétaire général du CCME a insisté sur le fait que le recours à l’art dans la lutte pour l’indépendance n’était pas un acte fortuit, mais le fruit d’une conscience partagée de l’importance de préserver la mémoire culturelle et d’inscrire durablement les symboles nationaux dans l’imaginaire collectif. « L’histoire ne se lit pas seulement dans les archives, mais aussi dans les chansons, les tableaux, les décorations et les récits », a-t-il martelé.

Il a lancé un appel à une relecture du patrimoine artistique marocain dans une perspective nationale renouvelée, liant le passé à l’avenir et reconnaissant à l’art un rôle fondateur dans la narration de la libération nationale.

La conférence a suscité un vif intérêt auprès de l’assistance, qui a salué une approche originale mettant la création artistique au cœur de la lutte pour la liberté, et non en marge de celle-ci.

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