Quand Trump impose son récit : l’Ukraine au prisme d’un nouvel ordre géopolitique

Par Bouchaib El Bazi

Le 19 août 2025 restera sans doute une date marquante dans l’histoire récente des relations internationales. Ce jour-là, le président américain Donald J. Trump, redevenu acteur central de la scène mondiale, a surpris les chancelleries en appelant publiquement Vladimir Poutine, contraignant ainsi Volodymyr Zelensky à envisager une négociation directe. L’image, presque théâtrale, illustre un basculement : la guerre en Ukraine n’apparaît plus comme une confrontation militaire classique, mais comme la vitrine d’un système global désormais remis en cause.

L’Ukraine comme laboratoire d’intérêts occultes

Depuis 2014, l’Ukraine est présentée, du point de vue occidental, comme un champ de bataille pour la souveraineté et la démocratie. Mais la lecture proposée par Trump — et qu’une partie de l’opinion publique semble partager — est tout autre : le conflit aurait servi de couverture à un ensemble de pratiques opaques, allant du blanchiment d’argent à la prolifération de laboratoires biologiques, en passant par des trafics de toute nature. Dans ce récit, les milliards de dollars déversés sur Kiev n’étaient pas seulement destinés à soutenir un effort de guerre, mais à alimenter un réseau d’intérêts transnationaux où se confondent institutions financières, ONG et complexes militaro-industriels.

Le geste de Trump : symbole ou rupture ?

L’appel téléphonique à Poutine, devant les dirigeants européens réunis à Washington, a valeur de scène politique. Il s’agit moins d’une improvisation que d’un message stratégique : réaffirmer la capacité de Trump à dicter l’agenda, en contournant l’ONU, l’OTAN et les circuits diplomatiques traditionnels. Si la rencontre trilatérale annoncée (Trump-Poutine-Zelensky) se concrétise, elle marquera un tournant décisif. Pour la première fois depuis le début du conflit, la perspective d’une paix négociée échappe aux institutions internationales et aux structures de gouvernance mondiale.

L’OTAN fragilisée, l’Europe marginalisée

La manœuvre de Trump fragilise l’OTAN, réduite à un rôle périphérique. Elle place aussi les dirigeants européens face à une contradiction : ils sont sommés de suivre un processus dont ils ne maîtrisent plus les règles. L’épisode révèle le décalage croissant entre les ambitions stratégiques de l’Europe et sa réelle capacité d’action. Emmanuel Macron, Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen, présents lors de l’échange, se sont retrouvés relégués au rang de spectateurs d’un jeu diplomatique qui les dépasse.

Vers la fin d’un cycle

Au-delà de l’effet d’annonce, l’enjeu est considérable. Si l’accord de paix promis par Trump se concrétise, c’est toute l’économie de guerre qui risque de s’effondrer : les flux financiers occultes, les chaînes logistiques liées à l’armement, mais aussi les réseaux d’ONG impliqués dans l’aide humanitaire et la réinstallation des réfugiés. Autrement dit, l’Ukraine pourrait cesser d’être un « hub » du désordre mondial pour redevenir un terrain de recomposition politique.

Un moment de bascule

Le geste de Trump n’est pas qu’un coup d’éclat. Il révèle une reconfiguration plus large : celle d’un ordre international où les médiations classiques s’effritent au profit d’acteurs capables de briser les narratifs dominants. Le 19 août 2025 restera ainsi, dans les mémoires, comme le jour où l’« État profond » a perdu la main sur l’Ukraine — et peut-être comme le point de départ d’une redéfinition des équilibres mondiaux.

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