Kabylie : la drogue, une crise sanitaire instrumentalisée par le pouvoir algérien

Majdi Fatima Zahra

En Algérie, l’explosion de la consommation de drogues et de psychotropes ne se réduit pas à un problème de santé publique. Dans la région de Kabylie en particulier, de nombreux observateurs y voient la trace d’une stratégie délibérée des appareils sécuritaires, encouragée par l’état-major militaire, au moment où le président Abdelmadjid Tebboune apparaît affaibli face à l’omnipotence du général Saïd Chengriha.

Une jeunesse exposée

Dans les wilayas de Béjaïa, Tizi Ouzou, mais aussi à Alger et Oran, les psychotropes circulent aujourd’hui avec une facilité déconcertante. Médecins et associations locales dénoncent une disponibilité « anormalement élevée » de ces substances, y compris dans des villages reculés où leur accès devrait pourtant être limité. La banalisation de leur usage touche en premier lieu les jeunes, dont l’avenir se voit fragilisé par une dépendance croissante.

L’ombre des services secrets

Derrière ce phénomène, plusieurs sources pointent la responsabilité des services de renseignement. Des officiers de gendarmerie, sous couvert d’anonymat, affirment que certains réseaux de trafiquants bénéficient d’une protection directe des structures sécuritaires, placées sous l’autorité du chef d’état-major. Selon eux, cette « tolérance » n’est pas fortuite : elle vise à affaiblir la jeunesse kabyle et algérienne, en réduisant son potentiel de mobilisation sociale et politique, notamment après l’élan contestataire du Hirak.

Une présidence marginalisée

Ce constat met également en lumière les déséquilibres au sommet de l’État. Tandis que le président Tebboune peine à imposer son autorité, le général Chengriha concentre l’essentiel du pouvoir décisionnel. L’asymétrie est telle que la présidence civile ne semble plus qu’une façade, derrière laquelle l’armée et ses services dictent la ligne politique réelle du régime.

Une arme politique en Kabylie

Pour le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) et d’autres collectifs citoyens, la prolifération de la drogue revêt une dimension politique explicite : elle constitue un moyen de neutraliser une région marquée par des aspirations autonomistes et indépendantistes. « Un peuple dépendant est un peuple plus facile à contrôler », résume un militant de Tizi Ouzou.

Entre crise sociale et logique de contrôle

La multiplication des trafics à ciel ouvert, l’absence de réponse policière et la coïncidence entre cette permissivité et le recul des mobilisations populaires renforcent l’idée que la drogue est devenue, au-delà de son coût sanitaire dramatique, un outil de domination sociale. Une stratégie silencieuse, mais redoutablement efficace, qui affaiblit la cohésion de la société tout en consolidant le pouvoir militaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.