Consulat du Maroc à Francfort : quand l’administration vire à la tragicomédie
Bouchaib El Bazi
Au Consulat général du Maroc à Francfort, l’ambiance ressemble moins à une institution diplomatique qu’à une pièce de théâtre absurde. Le consul général, Khalifa Aït Chayeb, a trouvé la recette parfaite pour se décharger de ses responsabilités : déléguer son autorité à un duo improbable, Azhar El Adraoui et Ali Chaara, devenus les véritables gardiens du temple.
Rencontrer le consul relève désormais de l’exploit. Les employés doivent passer par un sas de permissions, comme s’il s’agissait d’obtenir une audience royale. Azhar et Chaara jouent les “contrôleurs d’accès”, filtrant qui peut – ou non – saluer le représentant officiel du Royaume. Le tout dans une atmosphère de cour médiévale où les chambellans pèsent plus que le monarque.
Pendant ce temps, les victimes se comptent à la pelle : Hajjah Maria, Kawtar, Kelzim, Saïd, El Qarqouri, Souad Abou El Fourouk, Choukri Zouiten, Abdellatif, Saïda – frappée d’une paralysie partielle à force de pressions –, Najat, El Isrouti, Abdelilah… et d’autres encore. Entre consultations chez les spécialistes et tentatives de suicide avortées, ces fonctionnaires ne sont plus des agents administratifs mais des survivants.
Derrière ce chaos bureaucratique, un quatuor de choc : Azhar, Hajjah Samira, Khalifa Aït Chayeb et, en coulisses, le fameux moqaddem du consulat, Mostafa El Yazidi. Véritable “agent secret maison”, il consacre ses journées à filmer et photographier ses collègues pour alimenter le consul en informations, comme si la mission diplomatique consistait à gérer une cellule d’espionnage interne.
La question devient pressante : s’agit-il encore d’un consulat destiné à servir les Marocains d’Allemagne, ou bien d’un théâtre administratif où les employés sont réduits à de simples figurants, condamnés à jouer leur rôle dans une comédie noire orchestrée par une poignée de personnages tout-puissants ?
Face à cette situation grotesque, une seule issue semble possible : l’intervention directe du ministère des Affaires étrangères. Non pas pour rédiger un nouveau rapport destiné à dormir dans un tiroir, mais pour sauver ce qui reste de la dignité d’employés broyés par des pratiques indignes d’une administration censée incarner l’image du Royaume.
En attendant, la pièce continue. Son titre ? « Qui osera rencontrer le consul ? »