Une affaire révélatrice : l’agression d’un employé consulaire marocain à Francfort et les dérives de la gestion administrative
Bouchaib El Bazi
L’incident ayant visé l’un des plus anciens employés du Consulat général du Royaume du Maroc à Francfort, M. Choukri Zouiten, a suscité une vive émotion au sein de la communauté marocaine et parmi les observateurs du fonctionnement consulaire. Selon plusieurs sources concordantes, l’agression physique dont il aurait été victime de la part de l’agent local Moustafa El Yazidi n’a donné lieu à aucune mesure disciplinaire. Le dossier aurait été clos par l’intervention conjointe du consul général, Khalifa Aït Chayeb, et de Mme Azhar El Adraoui, sans que la hiérarchie centrale à Rabat en soit formellement saisie.
Du fonctionnaire expérimenté au mis à l’écart
M. Zouiten, reconnu pour sa longue expérience et son intégrité professionnelle, s’est retrouvé dans une situation paradoxale : non seulement il n’a pas bénéficié de protection institutionnelle après l’agression, mais il a été écarté de son poste sur instruction directe du consul général. Une telle décision a provoqué l’incompréhension de ses collègues et l’indignation d’une partie de la diaspora marocaine en Allemagne, pour qui ce fonctionnaire incarnait la continuité et le sérieux du service public.
Le rôle controversé de Moustafa El Yazidi
De son côté, M. El Yazidi est perçu, dans les couloirs du consulat, comme « l’œil du consul ». Son activité quotidienne dépasserait largement le cadre de ses fonctions d’agent local : il serait chargé de surveiller les déplacements et comportements des autres employés, à travers des photographies et vidéos transmises directement à la hiérarchie. Ce rôle officieux, source de malaise, lui confère une position singulière et alimente les tensions internes.
Une gestion marquée par l’opacité
Cet épisode met en lumière un problème structurel : l’absence de transparence et la banalisation de l’impunité au sein de certaines représentations diplomatiques. L’agression d’un employé au sein d’une mission officielle, suivie d’une absence de sanction et d’une décision qui pénalise la victime, interroge la crédibilité du dispositif disciplinaire et la cohérence de la chaîne de commandement consulaire.
La question de la responsabilité ministérielle
Cette affaire soulève également une interrogation institutionnelle : les autorités centrales, et en particulier le ministre des Affaires étrangères, M. Nasser Bourita, sont-elles informées de ce type de dérives ? Si tel est le cas, leur silence peut être interprété comme une forme de tolérance implicite. Dans le cas contraire, cela révélerait une rupture inquiétante entre l’administration centrale et ses missions à l’étranger.
Une image diplomatique fragilisée
Au-delà du cas individuel, cette situation illustre une crise plus profonde dans la gouvernance de certaines chancelleries marocaines en Europe. Les luttes d’influence internes, lorsqu’elles dégénèrent en conflits ouverts et en règlements de comptes non régulés, affectent directement l’image du Maroc et la confiance de ses ressortissants envers leurs institutions consulaires. Restaurer cette confiance nécessite une réforme structurelle de la gestion administrative et une réaffirmation du principe de responsabilité.