Une délégation américaine en visite à Laâyoune : vers une transformation stratégique de la MINURSO
Rabat – Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU se prépare à voter, en octobre prochain, une nouvelle résolution sur la question du Sahara marocain, une délégation américaine de haut niveau s’est rendue à Laâyoune. Cette visite, qualifiée de « tournant majeur » par plusieurs observateurs, intervient dans un contexte où la communauté internationale semble s’orienter vers une redéfinition du mandat de la MINURSO et une limitation de ses composantes.
Cette dynamique s’inscrit dans un climat marqué par la consolidation du soutien au plan marocain d’autonomie, présenté en 2007 comme solution politique réaliste et durable. Ce soutien a été réaffirmé par le président américain Donald Trump, qui a renouvelé son appui à la souveraineté du Maroc sur son Sahara dans une récente lettre adressée au roi Mohammed VI à l’occasion de la Fête du Trône.
Des entretiens stratégiques à Laâyoune
La délégation américaine, composée de diplomates et de responsables militaires, a rencontré Alexandre Ivanko, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara et chef de la MINURSO. Les discussions ont porté sur la restructuration éventuelle de la mission onusienne, avec la perspective de réduire son volet civil et politique, de changer son appellation et de maintenir uniquement le dispositif militaire chargé de surveiller le cessez-le-feu.
Le groupe comprenait notamment Gregory Raoud Caffert Morrison James, directeur du Bureau des opérations de maintien de la paix au Département d’État américain, ainsi que plusieurs conseillers politiques issus de la mission américaine auprès des Nations unies et de l’ambassade américaine à Rabat.
Vers un repositionnement américain
Selon Moulay Hassan Ennaji, président de l’Instance indépendante des droits de l’homme en Afrique du Nord, la visite traduit une volonté claire de Washington d’accompagner la transition d’une mission figée sur l’option du référendum — désormais écartée — vers une nouvelle structure onusienne adaptée aux réalités actuelles. Celle-ci aurait pour objectif d’appuyer le processus d’autonomie sous souveraineté marocaine et de favoriser un climat propice à la stabilité régionale.
Un impact attendu sur les négociations
L’initiative américaine pourrait ouvrir la voie à une nouvelle phase de négociations, réunissant le Maroc, l’Algérie, le Front Polisario et la Mauritanie, centrée sur les modalités de mise en œuvre de l’autonomie. Les regards se tournent vers la Russie et la Chine, dont le positionnement sera déterminant lors du vote attendu au Conseil de sécurité.
La MINURSO en question
Malgré un budget de 75,35 millions de dollars alloué en 2024, en hausse de 9,1 % par rapport à l’année précédente, la MINURSO peine à remplir son mandat initial depuis sa création en 1991. Elle n’a pas réussi à organiser de recensement dans les camps de Tindouf ni à garantir un cessez-le-feu stable, régulièrement violé depuis novembre 2020 par le Polisario.
Dernièrement, la mission a notifié à plusieurs employés contractuels marocains la non-reconduction de leurs contrats et a suspendu le recrutement de nouveaux collaborateurs étrangers, signe supplémentaire d’une restructuration en préparation.
Une nouvelle étape en perspective
Les signaux convergent vers une redéfinition du rôle onusien au Sahara marocain. La visite de la délégation américaine à Laâyoune pourrait constituer le prélude à la création d’un nouvel organe onusien, recentré sur l’appui à l’autonomie, solution désormais largement soutenue par les grandes puissances, au premier rang desquelles les États-Unis, la France, l’Espagne et le Royaume-Uni.
Une telle évolution marquerait une étape décisive vers la consolidation d’un règlement politique durable, renforçant la souveraineté du Maroc et la stabilité du Maghreb et du Sahel.