Maroc : entre civisme, services publics et confiance citoyenne

La rédaction

À l’horizon 2030, la réflexion sur le civisme et sur la relation entre citoyens et institutions publiques s’impose avec une acuité particulière. Les critiques, parfois excessives mais souvent légitimes, traduisent une attente forte et persistante : celle d’un Maroc où la rigueur institutionnelle, la transparence et le respect mutuel s’érigent en normes de gouvernance, tant pour les citoyens résidant au pays que pour ceux établis à l’étranger.

L’incivisme : réalité sociale, mais défi surmontable

Réduire le Maroc à ses comportements inciviques relèverait d’une lecture réductrice et stigmatisante. Certes, le manque de discipline collective est palpable : usage intempestif du klaxon, stationnements anarchiques, non-respect des files d’attente, abandon de déchets dans l’espace public… Ces pratiques, souvent observées, traversent même les frontières : certains Marocains respectueux des lois à l’étranger semblent parfois s’en affranchir une fois de retour au pays.

Ces micro-incivilités, répétées quotidiennement, alimentent un sentiment de désordre et d’agacement collectif. Toutefois, elles ne sauraient occulter d’autres valeurs profondément enracinées : hospitalité, solidarité et générosité, largement reconnues à l’échelle internationale. Une majorité de Marocains adhèrent aux règles de la vie commune et participent activement à des initiatives citoyennes, illustrant ainsi la vitalité du tissu social.

L’incivisme n’est donc pas une fatalité mais un défi éducatif et sociétal. Comme l’ont montré certains pays, à l’image de l’Espagne, la promotion du civisme repose sur une combinaison de rigueur réglementaire et de pédagogie sociale. Le Maroc gagnerait à ériger le respect des règles en projet collectif, impliquant école, médias, institutions religieuses et familles dans une démarche de formation civique durable.

Quand la confiance vacille : l’exemple du compteur électrique disparu

La question du civisme ne saurait être abordée sans examiner, en miroir, la responsabilité des institutions. Le respect des règles doit être réciproque : le citoyen obéit aux normes, mais les institutions doivent, elles aussi, agir avec équité, clarté et transparence.

Le cas rapporté par un Marocain résidant à l’étranger illustre ce déficit de confiance. Malgré le paiement régulier de ses factures et le versement d’une garantie, il découvre, à son retour au pays, que son compteur électrique a été retiré, sans préavis ni explication. Cet incident soulève des interrogations majeures :

  • Une société régionale de distribution, héritière de l’ONE, dispose-t-elle du droit de retirer un équipement essentiel sans notification préalable ?
  • Quelle responsabilité incombe à l’institution en cas de disparition d’un bien appartenant au réseau public ?
  • Le citoyen, notamment lorsqu’il vit à l’étranger, doit-il assumer les conséquences d’une perte dont il n’est pas l’auteur ?

Ces questions, loin d’être anecdotiques, révèlent une faille structurelle dans la relation entre usagers et services publics. Dans un contexte où l’État appelle les Marocains du monde à investir et à maintenir un lien fort avec leur pays d’origine, de tels incidents compromettent la crédibilité de ce discours et fragilisent le pacte de confiance.

Civisme et transparence : deux exigences indissociables

Le civisme des citoyens et la transparence institutionnelle constituent deux dimensions interdépendantes d’un même enjeu : la consolidation du lien social et de la légitimité publique. La responsabilité est partagée.

  • Du côté des citoyens, le respect des règles et la contribution au bien commun représentent des conditions minimales pour une vie collective harmonieuse.
  • Du côté de l’État et de ses institutions, l’obligation est de garantir des services publics fiables, équitables et transparents, où l’usager est considéré comme un acteur et non comme un simple administré.

Dans une société moderne, l’électricité n’est pas un privilège mais un droit fondamental ; de la même manière, le civisme ne constitue pas une option morale mais un pilier du vivre-ensemble. Reconnaître et assumer collectivement ces responsabilités croisées permettrait au Maroc de transformer les frustrations actuelles en un levier de progrès social.

 vers une citoyenneté partagée

Aimer son pays, ce n’est pas en taire les faiblesses mais les identifier pour mieux y remédier. C’est transformer l’indignation en réforme, l’incivilité en discipline collective, la méfiance en confiance réciproque.

À l’approche de 2030, le Maroc se trouve à un carrefour : celui de consolider un projet national fondé sur le civisme partagé et la transparence institutionnelle. La réussite de ce pari dépendra de la capacité à instaurer une culture de responsabilité mutuelle, où citoyens et institutions avancent de concert, dans le respect des droits et des devoirs de chacun.

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