Jacob Zuma : « Tenter de séparer le Maroc de son Sahara, c’est fragiliser toute l’Afrique »
Bouchaib El Bazi
L’ancien président sud-africain Jacob Zuma a réitéré son soutien à l’initiative marocaine d’autonomie pour résoudre le différend du Sahara, affirmant que toute tentative de séparer le Maroc de son Sahara ne constitue qu’« une attaque directe contre l’unité du continent africain » et une ouverture aux agendas étrangers visant à l’affaiblir.
Un positionnement politique qui ébranle l’ANC
Ces déclarations ont été faites lors d’une conférence à l’Université des études professionnelles d’Accra, où Zuma a salué la position du Ghana en faveur de l’intégrité territoriale du Maroc. Selon lui, « l’ère de la fragmentation de l’Afrique au service des étrangers est révolue ». Il a ajouté que les priorités du continent devaient désormais se concentrer sur « la stabilité et l’intégration », avant de conclure : « Les jours où l’Afrique dansait au rythme des autres sont terminés. Il est temps qu’elle batte son propre tambour. »
Cette prise de position est en phase avec l’annonce officielle du parti de Zuma, Spear of the Nation (UMkhonto we Sizwe), troisième force politique en Afrique du Sud, qui a exprimé son soutien à l’initiative marocaine d’autonomie lors d’une conférence de presse à Johannesburg le 11 août 2025. Une décision perçue comme un défi frontal à la ligne du parti au pouvoir, l’ANC, connu pour son hostilité envers Rabat et son appui au Polisario.
Diplomatie parallèle à Rabat
Zuma s’était déjà rendu au Maroc en juillet dernier, où il avait rencontré le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita. Il avait alors rappelé que cette visite s’inscrivait dans le prolongement de son entretien avec le roi Mohammed VI en 2017, en marge du sommet Afrique–Europe d’Abidjan. Lors de ce séjour, il avait visité le port Tanger Med – qualifié par lui de « meilleur hub portuaire d’Afrique » – et s’était entretenu avec les responsables de Renault à Tanger sur la formation d’ingénieurs sud-africains. Il avait également signé un accord de partenariat avec l’Académie Mohammed VI de football pour bénéficier du savoir-faire marocain en matière de formation sportive.
Répercussions politiques et électorales
Pour Khalid Chiat, professeur de relations internationales, les propos de Zuma « s’opposent directement à la position hostile du parti au pouvoir envers le Maroc, et constituent un indice d’un éventuel repositionnement de l’Afrique du Sud sur le dossier du Sahara, si le parti de Zuma réussissait une percée électorale ». Il ajoute que « la persistance du soutien de l’UMkhonto we Sizwe à la marocanité du Sahara s’inscrit dans la dynamique des victoires diplomatiques accumulées par le Royaume ».
Vers une nouvelle dynamique africaine
Nathi Nhleko, président national du parti de Zuma, a de son côté affirmé que la visite de ce dernier à Rabat était le prolongement d’un processus entamé en 2017 pour « normaliser les relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud sur la base d’intérêts communs ». Il a souligné que l’octroi d’une large autonomie aux habitants du Sahara, sous souveraineté marocaine, constitue « une solution réaliste et applicable pour clore un conflit vieux d’un demi-siècle ».
Nhleko a également annoncé l’envoi prochain d’une délégation conduite par son vice-président, le Dr Mlay Lubi, afin de renforcer la coopération politique et institutionnelle avec le Maroc. Il a précisé que « la politique étrangère de l’Afrique du Sud doit servir l’intérêt national, et non les agendas partisans étroits ».
Boussouf : le Maroc n’a pas de leçons à recevoir
En parallèle, le Dr Abdellah Boussouf, secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, a vivement réagi à l’article publié par Le Monde le 25 août, qui laissait entendre un prétendu vide institutionnel lié à la santé du roi Mohammed VI.
Selon lui, « le Souverain demeure le véritable chef de la Nation, exerçant pleinement ses prérogatives constitutionnelles et souveraines, en étroite symbiose avec son peuple fidèle ». Boussouf a rappelé que le Maroc a toujours fait preuve de transparence concernant l’état de santé du roi, citant les communiqués officiels du Palais et les apparitions spontanées du Souverain dans des contextes publics et privés.
Il a par ailleurs souligné que l’histoire française elle-même, tout comme l’histoire mondiale, est riche d’exemples de dirigeants ayant gouverné malgré la maladie – de François Mitterrand à Franklin Roosevelt ou Winston Churchill –, sans que cela n’entame la légitimité de leur mandat. Et de conclure : « Le Maroc n’a pas besoin de leçons venues de l’étranger. Sa véritable force réside dans l’alliance indéfectible entre son trône et son peuple, gage de stabilité, de continuité et de confiance dans l’avenir. »
En s’opposant à la ligne officielle de Pretoria, Jacob Zuma place son pays au cœur d’un débat interne sur le Sahara, tout en offrant au Maroc une carte diplomatique de poids en Afrique. Parallèlement, la riposte intellectuelle de voix comme celle du Dr Abdellah Boussouf rappelle que la souveraineté marocaine se défend sur deux fronts : sur la scène internationale par la diplomatie, et à l’intérieur par l’ancrage historique et institutionnel de la monarchie.