La DST dans la cuisine du palais : un ragot indigeste

Bouchaib El Bazi

Il fallait bien que ça arrive , après les “révélations” sur les chameaux espions du Mossad et les pigeons voyageurs de la CIA, voici maintenant que certains veulent nous servir une nouvelle recette complotiste. Selon un obscur canal de messagerie nommé Jabaroot, la DST marocaine aurait recruté… tenez-vous bien… un cuisinier français pour glisser des médicaments hormonaux dans l’assiette du prince héritier.

Oui, vous avez bien lu. Pas un roman de gare, pas un scénario Netflix, mais bel et bien une « enquête » relayée comme si la géopolitique du Maghreb se décidait désormais dans une marmite de couscous.

D’abord, remettons les choses à leur place :

  1. Le Palais royal est probablement l’un des lieux les plus sécurisés du continent africain. Imaginer qu’un cuisinier étranger puisse y mener une opération secrète digne de James Bond, sans que personne ne s’en aperçoive, relève plus de la blague de comptoir que de l’investigation journalistique.
  2. Les services marocains, qu’on les aime ou pas, n’ont pas pour réputation de confier leurs « missions spéciales » à un sous-traitant en toque blanche recruté sur Indeed.
  3. Enfin, l’idée même qu’on puisse « contrôler l’avenir d’un prince » en ajoutant une pincée de spironolactone dans son tajine est si grotesque que même les amateurs de théorie du complot en restent bouche bée.

L’ironie, c’est que ceux qui propagent ce genre de fadaises prétendent dénoncer un système opaque, alors qu’ils ne font qu’assaisonner leurs fantasmes avec un jargon pseudo-renseignement , « réseaux », « protocoles de surveillance », « conseillers ». Résultat : un gloubi-boulga pseudo-espionnage qui ferait rougir de honte les scénaristes de OSS 117.

En tant que journaliste, permettez-moi de rappeler une évidence , un « scoop » qui repose uniquement sur un canal anonyme de Telegram, sans aucune preuve, sans témoignage, sans document, ce n’est pas un scoop. C’est une rumeur. Ou, pour être plus précis : une rumeur mal ficelée.

La vérité est beaucoup plus simple, et beaucoup moins croustillante , le Palais royal fonctionne selon des protocoles de sécurité drastiques, où la préparation des repas est l’objet de contrôles multiples, impossibles à contourner. Quiconque a déjà approché l’univers des cuisines royales sait que rien n’y entre ni n’en sort sans être vérifié.

Alors, pourquoi publier de telles inepties ? Parce que le sensationnel attire, parce que le scandale fait vendre… et parce que, parfois, il suffit d’un faux document ou d’un nom étranger pour transformer une salade de rumeurs en « enquête choc ».

En attendant, le fameux Reynaud B., présenté comme un dangereux agent secret en toque blanche, doit bien rire — ou pleurer — de se retrouver malgré lui transformé en héros d’une farce indigne.

La seule chose sérieuse dans cette histoire, c’est qu’elle en dit long sur notre époque , il est devenu plus facile de faire croire à un complot dans une cuisine que de convaincre que le soleil se lève à l’Est.

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