Quand Le Monde persiste à caricaturer le Maroc : entre clichés coloniaux et myopie analytique
Maria Zaki
Dans son édition dominicale, le quotidien français Le Monde a une nouvelle fois choisi de consacrer un long article au Maroc, dans un registre saturé de sous-entendus, d’omissions volontaires et d’une subjectivité qui confine au dénigrement. Incapable de trouver la moindre faille dans les succès économiques, sociaux et diplomatiques enregistrés ces dernières années, le journal parisien s’est replié sur un terrain plus fragile , l’image du roi Mohammed VI, transformée en prétexte à un récit sensationnaliste et approximatif.
Sous la plume de Christophe Ayad et Frédéric Bobin, le dossier prétend décrire un royaume en « fragilité institutionnelle », en s’appuyant sur deux clichés , une photo du souverain assis lors de la prière de l’Aïd al-Adha, et une autre le montrant sur un jet-ski. De ces images banales, Le Monde tire des spéculations sur la santé du roi et sur sa succession. Un procédé qui, loin d’éclairer le lecteur français, verse dans la caricature et le mépris de l’intelligence collective. Comment réduire un État qui a traversé la pandémie sans effondrement économique, qui a investi massivement dans les énergies renouvelables, qui développe des infrastructures modernes dans ses provinces sahariennes et qui impose sa diplomatie à l’échelle continentale et internationale, à deux instantanés volatils ?
Selon Bouchaib El Bazi, journaliste et analyste, « nous ne sommes plus au temps où une rédaction parisienne pouvait se croire investie du droit de dire aux Marocains qui ils sont et où ils vont. Le Maroc est aujourd’hui un acteur souverain, capable de dialoguer avec les grandes puissances d’égal à égal. La persistance de certains médias français à mobiliser un imaginaire paternaliste et colonial témoigne d’un retard d’analyse plus que d’une lucidité. »
Cette approche sélective est d’autant plus discutable qu’elle révèle un déséquilibre flagrant , Le Monde se montre prolixe lorsqu’il s’agit de commenter les rumeurs entourant le palais royal, mais étonnamment silencieux face au blocage politique en Algérie, à l’opacité des décisions militaires et à la crise économique et sociale qui mine le voisin de l’Est. Ce deux-poids-deux-mesures accrédite l’idée que certaines rédactions françaises continuent d’épouser, volontairement ou non, les narratifs d’appareils politiques hostiles au Maroc.
Or, comme le souligne El Bazi, « les institutions marocaines sont parmi les plus anciennes et les plus stables du monde arabo-africain. Leur résilience ne dépend pas d’une image ni d’une rumeur, mais d’une continuité historique, d’une légitimité éprouvée et d’un contrat politique qui associe monarchie et nation depuis des siècles. »
La monarchie marocaine ne se définit pas à travers la grille d’analyse simpliste de la « fin de règne », si chère à certains éditorialistes européens. Elle est d’abord un cadre de stabilité et un moteur de transformation. Les transitions politiques y sont assurées et sécurisées, et la succession n’est pas un sujet d’incertitude, mais une donnée institutionnelle encadrée et assumée par la Constitution et par l’histoire.
La vérité est claire , malgré les insinuations, le roi Mohammed VI poursuit l’exercice de ses responsabilités, impulsant des projets structurants et consolidant le positionnement international du Maroc. L’opinion publique marocaine, aguerrie par des décennies de campagnes hostiles, ne se laisse plus abuser par ce type de récits importés.
Ce qui gêne, en réalité, n’est pas une prétendue « fragilité » du Maroc, mais sa capacité à s’imposer comme un modèle régional, combinant stabilité, ambition économique et crédibilité diplomatique. Et face à cette réalité, certains médias européens préfèrent encore s’accrocher à des clichés, au risque de perdre ce qui fait leur force : leur crédibilité.