La décision de la France de réduire d’un tiers les effectifs consulaires en Algérie, entraînant une limitation drastique de la délivrance de visas, a ravivé une vieille querelle politique et diplomatique. Officiellement, Alger a réagi avec fermeté en convoquant le chargé d’affaires français et en invoquant le « principe de réciprocité ». Mais derrière cette rhétorique, un constat s’impose , le président Abdelmadjid Tebboune n’est pas le véritable maître du jeu.
Une présidence en façade
Selon plusieurs sources de renseignement, Tebboune aurait, à un moment donné, envisagé d’écarter le général Saïd Chengriha avec l’appui de Paris, pour installer à sa place le général Mohamed Kaidi, jugé plus malléable et moins encombrant. Cette tentative s’est heurtée à un mur , l’état-major a verrouillé toute manœuvre et Chengriha a consolidé son autorité. Aujourd’hui, le président apparaît de plus en plus marginalisé, cantonné à un rôle protocolaire, tandis que les grandes orientations politiques et diplomatiques émanent directement de l’appareil militaire.
La mainmise de Chengriha
Le général Saïd Chengriha, chef d’état-major, s’impose désormais comme l’homme fort du régime. Il a neutralisé les velléités de Tebboune et renforcé son emprise grâce aux services de sécurité et de renseignement militaire. Cette domination s’exerce jusque dans la communication officielle , même les rares apparitions médiatiques du président témoignent de sa faiblesse et de son incapacité à imprimer sa marque.
Les crises comme instrument de pouvoir
La crise des visas illustre parfaitement cette dynamique. Elle n’est pas le fruit d’une politique étrangère concertée menée par la présidence, mais bien une stratégie délibérée du haut commandement militaire. Maintenir un état de tension avec Paris permet à l’armée de légitimer son rôle central et d’écarter tout rapprochement qui pourrait fragiliser ses positions internes.
Une présidence otage
À cette impuissance politique s’ajoutent des humiliations répétées , la gestion chaotique des crises internes, les drames sociaux comme la tragédie de l’oued El Harrach, ou encore les scandales impliquant l’entourage familial du président, notamment son fils, cité dans des affaires de trafic de drogue. Dans ce contexte, Tebboune n’apparaît plus comme un chef d’État, mais comme un otage politique maintenu à son poste par tolérance de l’état-major.
Analyse de Bouchâib El Bazi
*« L’affaire des visas révèle ce que beaucoup pressentaient déjà , Abdelmadjid Tebboune n’est pas un président arbitre, mais un président sous tutelle. Chaque geste, chaque mot, chaque décision porte l’empreinte du général Chengriha et de son appareil. L’armée n’est plus seulement l’arbitre de la vie politique, elle en est le cœur battant et oppressif. Le pouvoir civil, incarné par la présidence, n’est qu’un décor de façade.
La réduction des visas par Paris agit comme un révélateur , au lieu de mobiliser une diplomatie forte, l’Algérie répond par des gesticulations dictées par l’état-major. L’image d’un Tebboune impuissant, prisonnier de son propre costume, est désormais gravée dans l’esprit des Algériens et des partenaires étrangers. Cette crise n’est pas une péripétie , c’est un symptôme d’un système verrouillé, où l’homme élu n’a plus de prise sur la machine qu’il est censé diriger. »*