Lyon : un restaurant halal pris pour cible par des tags racistes, le quartier sous le choc
Bouchaib El Bazi
« Mort l’Arabe », « Rentrez chez vous » , ce sont les mots que les gérants d’Adiktopoulet, un restaurant halal installé depuis un an avenue Beauvisage, ont découverts en ouvrant leur commerce mardi matin. Les insultes, peintes à la bombe noire sur les murs de la copropriété du quartier des États-Unis (8ᵉ arrondissement de Lyon), ne laissent aucune ambiguïté , ce n’était pas un simple vandalisme, mais un acte de haine.
« Je suis choqué, je ne me sens pas en sécurité », a confié le restaurateur dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux.
Les inscriptions racistes – « Pas de halal », « France aux Français » – visaient directement l’établissement, mais les auteurs ont choisi de s’en prendre aux murs et au garage de l’immeuble plutôt qu’à la façade du commerce. Une précision qui ne change rien à l’impact : un climat de peur pour les gérants et une colère sourde dans le voisinage.
Une enquête ouverte, mais une blessure durable
La police nationale a immédiatement ouvert une enquête pour identifier les auteurs de ces menaces. La préfète du Rhône, Fabienne Buccio, a réagi en dénonçant un acte « intolérable » et rappelant que « toutes les formes de racisme et de discrimination doivent être combattues sans relâche ».
Mais derrière la rhétorique institutionnelle, le malaise demeure : comment empêcher la banalisation de tels gestes ? Le quartier des États-Unis, historiquement marqué par la diversité culturelle, se retrouve soudain projeté dans une atmosphère délétère qui dépasse ses frontières.
Une flambée des actes islamophobes
Les chiffres du ministère de l’Intérieur confirment cette tendance inquiétante. Entre janvier et mai 2025, 145 actes anti-musulmans ont été recensés en France, soit une hausse de 75 % par rapport à l’année précédente. Plus préoccupant encore, les atteintes à la personne ont été multipliées par trois.
À titre de comparaison, la même période a vu reculer les actes antisémites (504, en baisse de 24 %) tandis que les actes antichrétiens progressaient (322, +13 %).
Ces données replacent l’affaire lyonnaise dans un contexte national , la montée des tensions identitaires et la persistance des discours de rejet.
Un test pour la société française
Derrière ces graffitis, il y a plus qu’une agression ciblée , il y a une question lancinante sur le vivre-ensemble en France. Le restaurant Adiktopoulet n’est pas qu’un commerce, il incarne la réalité quotidienne d’un pays où les différences culturelles se côtoient et s’entremêlent. Que celles-ci deviennent prétexte à la haine interroge, encore une fois, la capacité de la République à protéger ses citoyens – tous ses citoyens.
La justice dira peut-être un jour qui a tracé ces mots. Mais le véritable enjeu reste ailleurs , éviter que d’autres ne les reprennent, et que la peur ne s’installe comme une norme dans les quartiers populaires.