Zones à faibles émissions : quand la Belgique s’entête là où d’autres reculent

Bouchaib El Bazi

La France a officiellement enterré ses projets de Zones à faibles émissions (LEZ) dans plusieurs grandes agglomérations. Trop contraignantes, trop impopulaires, ces mesures se sont heurtées à la réalité sociale , comment demander à des millions de citoyens de remplacer leur véhicule thermique, souvent indispensable au quotidien, par une voiture électrique hors de prix ?

Dans d’autres pays européens également, le pragmatisme a pris le dessus , certains gouvernements ont suspendu ou assoupli leurs calendriers. Mais en Belgique, c’est tout l’inverse. Bruxelles, Anvers et Gand maintiennent le cap, imposant des restrictions strictes à l’entrée des véhicules anciens, au nom de la santé publique et des engagements climatiques.

Une écologie punitive qui pèse sur les citoyens

À première vue, l’argument est imparable , améliorer la qualité de l’air, réduire les émissions, encourager la mobilité durable. Mais dans les faits, le dispositif fonctionne comme une taxe déguisée qui frappe en priorité les ménages modestes.

Car qui peut réellement se permettre d’acheter une voiture électrique neuve à 35.000 ou 40.000 euros ? Pas les ouvriers ni les familles qui vivent en périphérie et n’ont pas d’autre choix que de prendre leur vieille voiture diesel pour se rendre au travail. Résultat , des amendes, des restrictions de circulation, et un sentiment d’injustice qui alimente la défiance envers les institutions.

La Belgique, prisonnière du carcan européen

Pourquoi la Belgique persiste-t-elle là où la France recule ? La réponse se trouve dans l’attitude de ses parlementaires et responsables politiques, accusés par plusieurs observateurs de suivre aveuglément les directives européennes, même lorsque celles-ci sont remises en cause ou adaptées ailleurs.

Alors que Paris a su invoquer le « réalisme social » pour justifier son recul, Bruxelles (la région) campe sur une posture de vertu environnementale, comme si chaque ajustement relevait d’une hérésie. Cette rigidité illustre une dépendance quasi mécanique aux textes européens, transformant des recommandations en dogmes intouchables.

Les effets pervers d’un choix idéologique

À long terme, cette obstination risque de produire l’effet inverse de celui recherché :

  • socialement, elle accentue la fracture entre classes populaires sanctionnées et classes aisées capables d’investir dans des véhicules électriques ;
  • économiquement, elle freine la mobilité et pénalise les petites entreprises de livraison, les indépendants et les artisans ;
  • écologiquement, elle ne garantit pas une baisse globale des émissions, puisque la production des batteries électriques est loin d’être neutre.

LEZ : un impôt déguisé au détriment des plus vulnérables

Le système des amendes reflète une mécanique davantage fiscale qu’écologique :

  • À Bruxelles, en 2024, pas moins de 16 403 amendes ont rapporté 5,74 millions d’euros à la Région  ; les conducteurs peuvent aussi acheter un “pass journalier” à 35 €, limité à 24 jours par an, qui a généré 2,03 millions d’euros supplémentaires  .
  • En 2021, les amendes s’élevaient déjà à 5,82 millions d’euros, soit un total cumulé de 15,5 millions depuis 2018, sans oublier les pass journaliers  .
  • La véritable explosion des verbalisations a eu lieu en 2023 avec un record de 29 643 amendes, soit une augmentation de presque 60 % par rapport à l’année précédente  .
  • À Anvers, les amendes sont aussi élevées : 150 € pour une première infraction, 250 € pour la deuxième, et 350 € dès la troisième dans l’année 

En clair, la Belgique donne l’image d’un pays appliquant des politiques environnementales hors-sol, sans tenir compte ni de la réalité sociale, ni de l’évolution des choix chez ses voisins.

En matière de mobilité et d’environnement, la France a choisi l’adaptation pragmatique. La Belgique, elle, persiste dans une vision rigide, quitte à heurter son propre tissu social. Derrière la question des LEZ, c’est tout un modèle de gouvernance qui se révèle : une politique dictée plus par Bruxelles-Europe que par Bruxelles-capitale, au détriment de citoyens qui, eux, doivent respirer… mais aussi vivre et se déplacer.

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