Lorsque le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a reçu le 27 août Mohamed Yeslem Bissat, cadre du Front Polisario, la scène ressemblait davantage à un réflexe improvisé qu’à une démarche diplomatique réfléchie. Cette rencontre, loin d’être anodine, s’inscrit dans un climat de tension accentuée par l’expiration du délai fixé par le projet de loi fédéral américain H.R. 4119, examinant la possibilité de classer le Polisario comme organisation terroriste étrangère. Une échéance qui place l’Algérie et son protégé dans une position de vulnérabilité inédite.
Déposé au Congrès le 24 juin 2025, ce texte ne se limite pas à questionner la légitimité politique du Polisario. Il franchit un seuil décisif en établissant des liens entre le mouvement séparatiste et des réseaux terroristes transnationaux , Hezbollah, Gardiens de la Révolution iraniens, Parti des travailleurs du Kurdistan, sans oublier un soutien russe plus diffus mais bien réel dans les domaines de l’armement et de la propagande. Le projet impose au Département d’État et au Trésor la production d’un rapport détaillé sous 180 jours, documentant les activités du Polisario, ses sources de financement et ses parrains, tout en ouvrant la voie à des sanctions sur la base du Magnitsky Act.
Une dimension sécuritaire accrue
Le véritable basculement est là , le dossier du Sahara cesse d’être un simple litige régional pour devenir une question de sécurité internationale. En liant ouvertement séparatisme et terrorisme, Washington élargit le champ des responsabilités. Tout soutien matériel ou financier au Polisario devient désormais suspect aux yeux des partenaires internationaux. Pour Alger, qui a longtemps présenté ce mouvement comme un outil d’influence géopolitique, la manœuvre se retourne en fardeau sécuritaire, accentuant ses propres fragilités dans la lutte antiterroriste.
L’équation économique : un pari ruineux
L’enjeu n’est pas seulement diplomatique. L’éventuelle désignation du Polisario comme organisation terroriste aurait des conséquences financières directes , gel d’avoirs, sanctions ciblées, traçabilité renforcée des flux financiers. Si la cible première reste la direction du Polisario, l’Algérie ne pourrait se soustraire à la question du financement massif qu’elle lui accorde depuis des décennies. Or, dans un contexte de dépendance aux hydrocarbures, de volatilité des prix du gaz et du pétrole, et de pressions sociales internes, ce soutien devient économiquement indéfendable. Investir des centaines de millions de dollars annuellement dans un projet sans avenir revient à hypothéquer la stabilité économique d’un État déjà fragilisé.
Le triple dilemme algérien
L’Algérie se retrouve ainsi piégée dans une triple impasse :
- Un déficit de crédibilité diplomatique, alors que son rôle de « médiateur neutre » est définitivement discrédité.
- Un rétrécissement stratégique, dans un contexte où les grandes puissances associent de plus en plus séparatisme et terrorisme.
- Une facture économique insoutenable, en raison d’un soutien coûteux à un acteur isolé, au détriment des besoins sociaux internes.
Le contraste marocain : dynamique contre isolement
À l’opposé, le Maroc continue de capitaliser sur son initiative d’autonomie, largement perçue comme la seule option réaliste et durable. Ce projet ne reste pas au niveau du discours , il se matérialise par d’importants investissements dans les provinces du Sud, une intégration croissante dans l’économie nationale et une attractivité internationale accrue. En ce sens, l’autonomie marocaine se transforme en modèle de stabilité, réduisant progressivement à néant tout contre-récit algérien.
L’expiration du délai américain ne marque pas une fin mais un commencement , celui d’une nouvelle séquence de pressions diplomatiques. Le message est limpide , refuser une solution réaliste, c’est s’exposer à l’isolement, voire à des sanctions. La rencontre Attaf-Bissat n’est donc rien d’autre qu’une tentative désespérée de gagner du temps face à l’inévitable , la reconnaissance croissante de la prééminence du plan marocain.
Dès lors, la vraie question n’est plus , le Polisario sera-t-il classé comme organisation terroriste ? Mais plutôt , combien de temps encore l’Algérie acceptera-t-elle de dilapider ses ressources diplomatiques et économiques dans une bataille déjà perdue ?