Les signes se multiplient à Paris et donnent l’impression que la France vit une séquence politique aux allures de fin de règne. Emmanuel Macron, élu en 2017 avec l’image d’un réformateur audacieux et du « jeune visage de l’Europe », se retrouve aujourd’hui englué dans une succession de crises imbriquées , sociales, politiques, diplomatiques, et même personnelles.
Il ne s’agit plus de simples critiques passagères ni de maladresses protocolaires, mais bien d’un effritement progressif de l’image d’un président qui voulait incarner le renouveau et qui est devenu, au fil des années, le symbole d’un isolement tant intérieur qu’extérieur.
La fracture de l’image
Macron a longtemps cultivé l’image d’un président dynamique, cultivé, capable de s’imposer sur la scène internationale. Or, cette image a été sérieusement ébranlée. Lors d’un voyage officiel, une altercation personnelle avec son épouse à bord de l’avion présidentiel, devant les membres de la délégation et les journalistes, a symbolisé l’érosion de son autorité. Bien que minimisé par les médias français, l’épisode a ravivé l’idée d’un président fragilisé dans sa vie publique comme privée.
À cela s’ajoute le mépris affiché par Donald Trump lors du dernier sommet européen, et plus largement lors de plusieurs rencontres internationales, où Macron est apparu davantage dans la posture du suiveur que du partenaire. Sous son mandat, la France a perdu de son poids dans les grands dossiers mondiaux , de l’Ukraine au Moyen-Orient, en passant par l’Afrique, où elle voit s’effriter son influence historique au profit du Maroc, de la Russie, de la Turquie et de la Chine.
La France, souvent présentée comme le berceau des droits de l’homme, traverse une crise profonde de sa propre démocratie. Le paradoxe est flagrant , lors des dernières élections, Jean-Luc Mélenchon a obtenu l’un des meilleurs scores de la gauche, sans pour autant voir sa force politique représentée au gouvernement. Le système institutionnel, verrouillé par la logique présidentielle, réduit l’expression démocratique à une façade, excluant toute véritable alternance.
Dans les coulisses, ce sont d’autres influences qui pèsent sur la vie politique et médiatique. Derrière la présidence Macron, beaucoup pointent le poids du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), qui façonne indirectement une partie de l’agenda politique et médiatique. La majorité des grands journaux, proches de ces réseaux, relaient souvent des positions conformes à ces intérêts, au détriment d’un pluralisme réel.
À cela s’ajoute une réalité sociale troublante , le racisme structurel persiste en France. Des millions de citoyens issus de l’immigration maghrébine, africaine ou musulmane continuent d’être confrontés à la discrimination, que ce soit sur le marché du travail, dans l’accès au logement, ou même dans leurs rapports avec les institutions. Ce décalage entre le discours universaliste et la pratique réelle achève d’éroder la crédibilité démocratique française, donnant l’image d’un système où l’égalité proclamée reste, trop souvent, un slogan creux.
La crise intérieure française
Sur le plan intérieur, la promesse d’une « République rénovée » s’est transformée en une scène de contestation permanente. Le mouvement des « gilets jaunes » n’a été que le premier acte d’une série ininterrompue de crises sociales , réforme des retraites, inflation galopante, hausse du coût de la vie… La France enregistre ses taux d’inflation les plus élevés depuis deux décennies. Pour beaucoup de citoyens, leur président apparaît coupé de leurs réalités, parlant chiffres et théories, tandis que le fossé se creuse entre élites et population.
La situation politique complique davantage les choses , une majorité fragile à l’Assemblée nationale, la montée inexorable de l’extrême droite menée par Marine Le Pen, et l’éclatement de la gauche, enferment Macron dans une position défensive permanente, incapable de porter un projet ambitieux ni de créer un consensus national.
La fin de l’hégémonie française en Afrique
Le coup le plus rude porté à l’image de la France reste la perte d’influence en Afrique francophone. Du Mali au Burkina Faso, du Niger au Tchad, Paris n’est plus l’acteur central , elle a dû plier bagage sous la pression des opinions publiques africaines et face à l’avancée de nouveaux partenaires. Les discours de Macron sur une « nouvelle ère de partenariat » n’ont pas suffi. Dans les rues de Bamako ou de Niamey, ce sont désormais des drapeaux russes qui flottent, témoignant d’une hostilité sans précédent envers la France.
Médias français et dossier marocain
Dans ce contexte, il est frappant de constater que certains médias français, réputés proches de l’Élysée, semblent parfois épouser l’agenda algérien sur la question du Sahara. En insistant sur le « droit à l’autodétermination » et en occultant la dynamique internationale favorable au plan d’autonomie marocain, ces journaux donnent l’impression de recycler un discours diplomatique périmé. Cet écart médiatique illustre l’incapacité de Macron à tracer une ligne claire et équilibrée, laissant un vide exploité par Alger pour imposer ses récits.
Un héritage en crise
De la perte de l’autorité présidentielle à l’impuissance intérieure, de l’effacement de la France à l’extérieur à l’ambiguïté dans des dossiers stratégiques comme le Sahara, Macron se retrouve au cœur d’un scénario que certains journaux n’hésitent pas à décrire ailleurs comme des « airs de fin de règne ». Sauf qu’il s’agit ici du président français, qui a misé sur sa propre aura et sur la rhétorique du renouveau, avant de découvrir qu’une France moderne exige bien plus que l’ego présidentiel , elle attend une vision, un projet, et une capacité à comprendre que le temps de l’hégémonie est révolu. Ce qui reste, désormais, c’est l’art de bâtir des partenariats fondés sur le respect mutuel, et non sur l’illusion d’une grandeur perdue.