**François Delperée, “ami du Maroc”… ou ami du budget marocain ?

Par la cellule d’investigation

Enquête  sur une association belge très choyée par l’ambassade du Royaume**

Il y a des associations qui survivent grâce aux cotisations. D’autres grâce aux subventions publiques. Et puis il y a l’Association des Amis du Maroc, version belge, qui semble survivre grâce à… un mystère digne d’un polar diplomatique.

Un mystère si épais qu’il mériterait presque un colloque à l’Hôtel Amigo — justement l’un des palaces où l’association organise ses événements, en grande pompe et tapis rouge.

Problème , selon les documents fiscaux et les relevés comptables consultés par Akhbarona Aljalia , l’association n’a pratiquement aucune ressource. Pas un euro en trop, pas même l’ombre d’un mécène officiel.

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Et pourtant, elle loue des salles où même les ministres hésitent à organiser leurs réceptions, sous peine de se retrouver rappelés à l’ordre par la Cour des comptes.

Qui paie ? Qui décide ? Qui orchestre ?

Selon plusieurs fournisseurs spécialisés dans l’événementiel, interrogés dans le cadre de notre enquête, la réponse est simple — trop simple :

« C’est l’ambassade du Maroc qui règle les factures. »

Ainsi donc, les Amis du Maroc seraient… particulièrement bien aimés.

On en viendrait presque à se demander si le véritable président de l’association n’est pas moins François Delperée que l’ambassade elle-même, ou plus précisément son chef : l’ambassadeur Mohammed Amar.

Car si les statuts officiels indiquent un président belge, les couloirs de l’ambassade, eux, racontent une toute autre histoire , réunions coordonnées depuis les bureaux diplomatiques, personnel mobilisé pour accueillir les invités, diplomates surveillant les journalistes présents, employés du ministère en charge de l’enregistrement, du protocole, de l’orientation des invités…

Un dispositif qui ressemble beaucoup plus à celui d’une représentation officielle qu’à celui d’une association de bénévoles.

Ambassadeur, président de fait… ou trésorier masqué ?

La question est posée, avec tout le sérieux qu’un enquêteur peut garder dans un tel théâtre d’ombres :

  • Mohammed Amar joue-t-il un rôle opérationnel dans l’association ?
  • Finance-t-il indirectement ses activités via les moyens de la mission diplomatique ?
  • Et si oui : pourquoi un ambassadeur financerait-il une association belge qui ne compte presque aucun membre marocain ?

À ce stade, aucune réponse officielle n’a été fournie. Silence radio du côté de l’ambassade.

Mais les faits, eux, parlent , quand l’association organise une rencontre, le public retrouve les mêmes thèmes, les mêmes messages, et parfois même les mêmes intervenants que dans les campagnes de communication institutionnelles traitant du Sahara marocain.

Une association belge, un financement marocain… pour quel objectif ?

La question dépasse désormais le folklore diplomatique.

Alors que la souveraineté marocaine sur son Sahara est aujourd’hui reconnue internationalement par un nombre croissant de pays, voilà que des budgets marocains — publics ou parapublics — serviraient à financer un lobby belge privé, présenté comme indépendant, mais dont les positions ressemblent étrangement à celles de Rabat.

D’où l’interrogation logique :

Pourquoi continuer à arroser financièrement une structure belge qui ne représente ni la communauté marocaine, ni un intérêt associatif clairement établi ?

Un lobbying à la belge, mais financé à la marocaine

Ce qui frappe surtout, c’est le zèle : celui de l’ensemble du personnel de l’ambassade, mobilisé pendant ces soirées privées comme s’il s’agissait d’une visite royale.

Hôtesses, coordinateurs, agents administratifs, diplomates… tous en première ligne.

Un témoin habitué de ces réceptions nous glisse, sourire ironique :

« On dirait une soirée de l’ambassade, mais organisée au nom d’une association fantôme. »

Un dysfonctionnement… ou un système ?

S’agit-il d’une dérive isolée ou d’un mécanisme institutionnalisé ?

Dans tous les cas, l’affaire pose des questions lourdes :

  • Est-il normal qu’une mission diplomatique finance une association étrangère ?
  • Est-il acceptable que des moyens publics servent, directement ou indirectement, à nourrir un lobby privé ?
  • Où s’arrête la diplomatie culturelle et où commence le favoritisme ?

Et maintenant ?

L’affaire mérite qu’on s’y attarde — et pas seulement du côté marocain.

  • Les autorités marocaines gagneraient à clarifier le rôle de leur représentation diplomatique à Bruxelles.
  • Les autorités belges, quant à elles, pourraient s’intéresser au mode de financement d’une association enregistrée sur leur territoire mais fonctionnant grâce à des fonds étrangers non déclarés.

Car au final, plus qu’une affaire d’amitié, cette histoire ressemble à une opération de communication hybride, où l’argent circulerait dans un flou artistique rappelant parfois les pratiques les moins transparentes de la diplomatie parallèle.

 

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