Washington tente de relancer à Madrid le plan d’autonomie marocain face à la revendication sahraouie de l’autodétermination

Bouchaib El Bazi

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Cinquante ans après l’inscription du conflit du Sahara occidental à l’agenda international, Washington s’emploie à réactiver un processus politique en panne, en misant sur un cadre discret mais hautement symbolique : Madrid. Ce dimanche, sous l’égide des États-Unis, des représentants du Maroc et du Front Polisario se retrouvent dans la capitale espagnole pour une rencontre destinée à relancer les discussions sur l’avenir de l’ancienne colonie espagnole, en présence de l’Algérie, de la Mauritanie et de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies.

Le choix du lieu et du format n’est pas anodin. La réunion se tient à l’ambassade américaine, à l’écart des projecteurs, et sans implication directe du ministère espagnol des Affaires étrangères. Une configuration qui traduit la volonté de Washington de reprendre la main sur un dossier qu’il considère à la fois comme un enjeu de stabilité régionale et comme un terrain d’affirmation de son influence diplomatique au Maghreb.

La centralité retrouvée du plan d’autonomie marocain

Cette initiative américaine s’inscrit dans la continuité de la dernière résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en octobre, qui mentionne explicitement le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme une base sérieuse et crédible de négociation. Pour Rabat, cette reconnaissance implicite constitue un acquis diplomatique majeur, fruit d’une stratégie de long terme visant à imposer l’autonomie sous souveraineté marocaine comme l’unique solution réaliste au conflit.

Washington, qui avait franchi un pas décisif en 2020 en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara, cherche désormais à traduire cette position politique en dynamique diplomatique multilatérale. L’objectif est clair : déplacer le centre de gravité des discussions d’un référendum d’autodétermination, jugé impraticable, vers un compromis institutionnel encadré par l’autonomie.

Le Polisario et la ligne rouge de l’autodétermination

Face à cette offensive diplomatique, le Front Polisario campe sur sa position historique. S’il accepte de participer à la rencontre de Madrid, il continue de considérer l’autodétermination comme un droit inaliénable du peuple sahraoui, reconnu par les Nations unies et toujours inscrit, formellement, dans les résolutions du Conseil de sécurité.

Pour le Polisario, la référence croissante au plan d’autonomie marocain constitue une tentative de marginalisation politique et juridique de sa revendication centrale. La participation à ces discussions relève donc davantage d’une stratégie défensive, visant à éviter une exclusion du processus, que d’un réel infléchissement de sa ligne politique.

Algérie et Mauritanie : acteurs périphériques mais décisifs

La présence de l’Algérie et de la Mauritanie confère à cette réunion une dimension régionale incontournable. Alger, soutien politique et diplomatique du Polisario, observe avec méfiance toute initiative susceptible de consolider la position marocaine. Pour les autorités algériennes, le dossier du Sahara demeure un levier stratégique majeur, tant sur le plan régional qu’interne.

La Mauritanie, quant à elle, adopte une posture plus prudente, soucieuse de préserver un équilibre délicat avec ses deux voisins et d’éviter toute déstabilisation de ses frontières nord. Sa participation vise avant tout à rester intégrée au processus et à préserver ses intérêts sécuritaires.

Madrid, symbole discret d’un passé non soldé

Le choix de Madrid, ancienne puissance administrante du territoire, ajoute une dimension symbolique forte à cette initiative. Officiellement écartée des préparatifs, l’Espagne reste néanmoins un acteur indirect du dossier. Les rencontres prévues en parallèle entre le ministre espagnol des Affaires étrangères et ses homologues algérien et mauritanien témoignent d’une diplomatie en coulisses, soucieuse d’anticiper les retombées régionales de toute évolution du conflit.

Une relance sous contraintes

Si la rencontre de Madrid marque une tentative de relance, elle n’en demeure pas moins fragile. Les lignes rouges des parties restent profondément antagonistes, et le fossé entre autonomie et autodétermination demeure, à ce stade, difficilement conciliable. Pour Washington, l’enjeu est de transformer un rapport de force diplomatique favorable au Maroc en un processus politique crédible, sans provoquer une rupture définitive avec le Polisario et ses soutiens.

À défaut d’un accord, cette initiative pourrait au moins permettre de rétablir des canaux de dialogue gelés depuis des années. Mais après un demi-siècle de blocage, la question centrale demeure : la diplomatie internationale est-elle prête à assumer un règlement pragmatique du conflit, ou continuera-t-elle à gérer le statu quo au nom d’un consensus introuvable ?

 

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