À force de vouloir être « plus catholique que le pape », Sammy Mahdi semble avoir choisi une trajectoire politique où la surenchère verbale tient lieu de projet, et où la stigmatisation remplace l’analyse. La récente sortie du président du CD&V sur les « racailles » de Bruxelles illustre une dérive populiste préoccupante, davantage guidée par des calculs électoralistes que par une volonté sincère de répondre aux enjeux complexes de la sécurité urbaine.
En établissant des liens plus ou moins explicites entre la délinquance juvénile et les pays d’origine de certains jeunes Bruxellois, Sammy Mahdi s’inscrit dans une logique dangereuse : celle de l’essentialisation et de la déresponsabilisation politique. Cette posture n’est pas sans rappeler les stratégies discursives de l’extrême droite flamande, à laquelle il semble aujourd’hui vouloir faire concurrence sur son propre terrain, au risque de banaliser des thèses longtemps marginales dans le débat démocratique.
Une stratégie de diversion bien rodée
Il serait intellectuellement malhonnête d’analyser ces déclarations sans les replacer dans leur contexte politique. Le CD&V, dont Sammy Mahdi est le président, a été un acteur central des gouvernements dits de « l’Arizona », coresponsables de nombreuses mesures antisociales ayant fragilisé les classes populaires et accentué les inégalités sociales. Face à un bilan peu flatteur, la tentation est grande d’allumer un contre-feu médiatique, à l’instar de certains responsables libéraux du MR, parfois qualifiés de « mini-Trump » de la scène politique belge.
La sécurité devient alors un thème instrumentalisé, non pour proposer des solutions structurelles, mais pour détourner l’attention de l’opinion publique des responsabilités gouvernementales passées et présentes.
Des jeunes produits de la société, pas d’un ailleurs fantasmé
Comme le rappelle implicitement Ahmed El Khannouss dans sa réaction, ces jeunes que Sammy Mahdi désigne avec une colère théâtrale sont avant tout le produit de la société belge. Ils ont grandi dans des quartiers marqués par la précarité, l’échec scolaire, le sous-investissement public et une ségrégation urbaine persistante. Faire porter la responsabilité exclusivement sur les parents ou sur des origines supposées relève d’une lecture simpliste, voire paresseuse, des phénomènes de violence urbaine.
Certes, la question de la responsabilité parentale mérite d’être posée, mais elle ne peut être isolée d’un cadre plus large : celui des politiques publiques en matière d’enseignement, de logement, de jeunesse, de prévention et de justice. Or, sur ces compétences clés, le CD&V exerce une influence directe depuis 2014, notamment à travers la gestion de portefeuilles aussi stratégiques que la Justice et l’Intérieur.
Un bilan sécuritaire difficilement défendable
Dès lors, la posture morale adoptée par Sammy Mahdi apparaît pour le moins paradoxale. Comment dénoncer aujourd’hui l’impunité et l’inaction, tout en éludant un bilan largement critiqué en matière de lutte contre la récidive, de prévention de la radicalisation, ou encore de prise en charge des mineurs en difficulté ? Le constat est sévère : malgré des années de responsabilité gouvernementale, les problèmes structurels demeurent, et parfois s’aggravent.
Plutôt que de livrer des commentaires à tonalité clownesque, destinés à flatter une frange de l’électorat en quête de boucs émissaires, un responsable politique de ce niveau devrait faire preuve de retenue, de lucidité et surtout d’autocritique.
La sécurité à Bruxelles mérite mieux que des slogans et des postures martiales. Elle exige un débat sérieux, fondé sur des données, une analyse sociologique rigoureuse et une volonté politique de long terme. En cédant aux sirènes du populisme, Sammy Mahdi affaiblit non seulement la qualité du débat public, mais contribue aussi à légitimer des discours qui fracturent davantage une société déjà sous tension.
À vouloir jouer les procureurs, certains responsables oublient qu’ils sont, avant tout, comptables de leur propre bilan. Et sur ce terrain, les effets d’annonce ne sauraient masquer indéfiniment l’absence de résultats.