QUAND BART DE WEVER RÊVE DE FMI ET QUE LA N-VA JOUE AU GOUVERNANT ÉCLAIRÉ**
Bouchaib El Bazi
Il fallait bien qu’un jour la vérité sorte du tableau noir. Ce week-end, entre deux plateaux télé et un sourire faussement pédagogique, le Premier ministre Bart De Wever a enfin cessé de faire semblant. Bruxelles ? Un élève dissipé. La N-VA ? Le proviseur. Et la tutelle fédérale ? Une punition éducative, évidemment, pour le bien de l’enfant.
Prenons des notes.
LE “SHUTDOWN” COMME MÉTHODE PÉDAGOGIQUE
Dans sa grande mansuétude professorale, Bart De Wever estime que la Région bruxelloise ne comprend que le langage de la contrainte. La situation financière serait, selon lui, si catastrophique qu’elle justifierait un traitement de choc. Le mot est lâché : faillite, shutdown, et – summum de la comparaison – Fonds Monétaire International.
L’analogie est savoureuse. Bruxelles, capitale européenne, serait donc une sorte de Grèce mal coiffée, nécessitant l’arrivée de technocrates sévères, armés de tableurs Excel et de réformes “courageuses”. Le Premier ministre se voit déjà en Christine Lagarde flamande, distribuant l’austérité avec l’assurance tranquille de celui qui sait mieux que les autres ce qui est bon pour eux.
“SI J’AVAIS PU, JE L’AURAIS DÉJÀ FAIT” :
OU L’AVEU QUI VAUT CONCLUSION**
Moment de franchise rare dans un amphithéâtre politique habituellement feutré : Bart De Wever regrette publiquement que la loi spéciale ne prévoie pas un mécanisme de mise sous tutelle de Bruxelles. Traduction académique : si le droit ne m’en empêchait pas, j’aurais déjà confisqué les clés.
C’est ce qu’on appelle, dans les manuels, un lapsus institutionnel révélateur. La N-VA ne cache plus son impatience face à une autonomie bruxelloise jugée inutile, coûteuse, voire folklorique. La démocratie régionale, oui… mais seulement quand elle fonctionne comme à Anvers.
“JE FERAI DES MIRACLES AVEC MOINS” :
LE SYNDROME DU BON GESTIONNAIRE UNIVERSEL**
Autre perle de cette leçon dominicale : Bart De Wever affirme qu’il pourrait accomplir des “miracles” à Bruxelles en cinq ans, avec moins de moyens. Voilà qui disqualifie, d’un revers de main professoral, l’ensemble des responsables politiques bruxellois.
C’est la vieille rengaine du manager providentiel : si ça ne marche pas, ce n’est jamais le système, encore moins les contraintes sociales, linguistiques ou urbaines. Non, ce sont les autres qui sont incompétents. Lui, en revanche, sait. Partout. Toujours.
CONFÉDÉRALISME, OU CENTRALISATION QUI N’OSE PAS DIRE SON NOM
Officiellement, la N-VA plaide pour plus d’autonomie. Officieusement, Bruxelles est jugée trop chère, trop complexe, trop différente. La solution ? Une recentralisation déguisée, vendue comme une opération de sauvetage.
En conditionnant l’aide financière fédérale à une mise sous tutelle, Bart De Wever place les partis bruxellois devant un ultimatum historique : soit vous obéissez, soit vous coulez. Une méthode que l’on enseigne rarement dans les cours de démocratie comparée, mais qui semble très appréciée dans les séminaires de la N-VA.
Bart De Wever a changé de fonction, pas de conviction. Premier ministre ou bourgmestre d’Anvers dans l’âme, il poursuit avec constance son projet : une Belgique remodelée selon ses critères d’efficacité, où Bruxelles doit rentrer dans le rang ou être corrigée.
Entre la cure d’austérité de 4 milliards annoncée au fédéral et ses ambitions assumées sur la capitale, le message est limpide, presque didactique : Bruxelles n’est plus un partenaire, mais un problème à résoudre. Et la N-VA ne gouverne pas : elle évalue, sanctionne et corrige. La cloche a sonné. Fin du cours.
Mais pour Bruxelles, l’examen ne fait que commencer.