Entre engouement et désenchantement : le paradoxe du retour des Marocains du monde face à la cherté de la vie
Majdi Fatima Zahra
Alors que l’opération « Marhaba 2025 » enregistre une hausse notable des arrivées de Marocains résidant à l’étranger, avec 2.789.197 entrées recensées au 4 août, soit une augmentation de 10,37 % par rapport à 2024, une autre réalité, moins reluisante, commence à peser sur les choix de la diaspora marocaine , le coût élevé de la vie, la dérégulation des prix dans les restaurants, les cafés, les hôtels, ainsi que le désordre récurrent dans le secteur du transport, notamment les taxis.
Ces facteurs, souvent tus dans les discours officiels, pèsent lourdement sur l’expérience des visiteurs et influencent, de plus en plus, leur préférence pour des destinations concurrentes comme l’Espagne ou la Turquie, perçues comme offrant un meilleur rapport qualité-prix et une gestion plus rigoureuse des services touristiques.
Des chiffres en hausse, mais une satisfaction en baisse
Les statistiques avancées par Omar Moussa Abdellah, responsable au sein de la Fondation Mohammed V pour la Solidarité, témoignent d’un engouement apparent , 838.360 véhicules ont franchi les frontières, 45.465 services sociaux et médicaux ont été dispensés, et le port de Tanger Med reste le principal point d’entrée de la communauté marocaine avec plus de 555.000 passagers.
Cependant, derrière ce succès logistique, de nombreux témoignages font état d’un profond malaise. Dans les grandes villes comme Tanger, Fès, Marrakech ou Agadir, les prix des menus dans les restaurants ont flambé, souvent sans étiquette visible. Un café ordinaire peut coûter jusqu’à 25 dirhams, et une nuitée d’hôtel de qualité moyenne dépasse parfois les tarifs appliqués en Europe du Sud.
Taxis hors de contrôle et absence de transparence
Les services de transport urbain et interurbain, en particulier les taxis, suscitent aussi de vives critiques. Le non-respect des compteurs, les tarifs improvisés, et les refus de course sont monnaie courante. À Casablanca, Tanger ou Marrakech, le touriste comme le Marocain du monde se sent souvent pris pour cible, en l’absence d’un cadre de régulation strict et de sanctions dissuasives.
Ces comportements, tolérés par les autorités locales ou justifiés par l’inflation générale, sapent les efforts de reconquête touristique entrepris par les institutions marocaines.
Pourquoi choisir ailleurs ?
Face à cette impression d’anarchie tarifaire, nombreux sont les Marocains du monde qui choisissent de passer leurs vacances ailleurs, notamment en Espagne, en Turquie ou au Portugal, où les prix sont affichés, les services encadrés, et la satisfaction client prise au sérieux.
Sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient. Certains parlent d’un « choc de réalité », d’autres évoquent un sentiment d’exploitation, voire d’exclusion économique, dans leur propre pays d’origine.
Un défi stratégique pour les années à venir
Si l’État marocain se félicite du bon déroulement de l’opération Marhaba, il doit désormais faire face à une exigence croissante de qualité de service et de justice tarifaire. Car derrière les chiffres flatteurs se cache un risque réel d’érosion de la confiance, voire de désaffection durable de la diaspora vis-à-vis de son pays d’origine.
Le Maroc ne peut se permettre de compter uniquement sur le sentiment d’appartenance ou la nostalgie pour assurer la fidélité de ses ressortissants à l’étranger. Il lui faudra prouver, par des actions concrètes, qu’il sait accueillir dignement ses enfants et leur offrir une expérience à la hauteur de leurs attentes, sans abus ni surfacturation.