La Déclassification des Archives Espagnoles Renforce la Position du Maroc sur le Sahara
Bouchaib El Bazi
Rabat – La décision de l’Espagne de lever le secret sur des milliers de documents datant d’avant 1980 marque un tournant décisif dans le dossier du Sahara marocain. Ces archives, comprenant des rapports confidentiels, des correspondances diplomatiques et des évaluations militaires, pourraient fournir un appui historique et juridique majeur à la position marocaine sur la souveraineté de ses provinces du Sud.
Adoptée en juillet 2025, la nouvelle législation espagnole sur la déclassification automatique des documents d’État ouvre la voie à une relecture du contexte historique ayant précédé le retrait de Madrid du Sahara, l’organisation de la Marche Verte et la signature des Accords de Madrid. Pour Rabat, il ne s’agit pas d’une simple opération administrative, mais d’une opportunité historique pour consolider la légitimité juridique, politique et historique de sa souveraineté.
Depuis toujours, le Maroc défend l’ancrage historique du Sahara dans son espace national, à travers des liens de loyauté remontant à plusieurs siècles. Face à une rhétorique indépendantiste longtemps dominée par le principe de l’autodétermination, souvent instrumentalisée à des fins politiques, l’apparition de documents officiels émanant de l’ancienne puissance coloniale pourrait profondément rééquilibrer le récit.
Il est fort probable que ces archives révèlent un niveau de coordination avancé entre Rabat et Madrid avant le retrait espagnol, voire une perception espagnole selon laquelle la colonisation du territoire n’était plus viable face à des revendications souveraines légitimes et enracinées.
Cette évolution intervient à un moment particulièrement délicat pour l’Algérie et le Front Polisario, dont le discours peine à convaincre sur la scène internationale. Si les documents espagnols confirment l’absence du Polisario dans les grandes tractations diplomatiques de l’époque, cela porterait un coup sérieux à sa crédibilité en tant qu’acteur légitime du conflit, et à l’argumentaire algérien dans les forums internationaux.
Un Soutien Diplomatique Croissant pour l’Initiative Marocaine
Sur le plan international, l’impact de ces révélations dépendra largement de la capacité du Maroc à les intégrer dans sa stratégie diplomatique, notamment pour soutenir l’initiative d’autonomie proposée en 2007. Cette solution, décrite par le Conseil de sécurité de l’ONU comme « sérieuse, crédible et réaliste », bénéficie d’un appui grandissant de la part de puissances majeures telles que les États-Unis, la France, l’Allemagne et l’Espagne.
L’initiative d’autonomie, qui garantit aux provinces du Sud une large gouvernance sous souveraineté marocaine, est de plus en plus perçue comme l’unique voie de règlement conforme aux réalités géopolitiques et démographiques du territoire, à rebours d’un projet séparatiste devenu inapplicable et politiquement dépassé.
Un Contexte Géopolitique en Mutation
La déclassification espagnole intervient également dans un contexte géopolitique régional en mutation. Les tensions croissantes entre l’Europe et certaines puissances maghrébines, les défis liés à la sécurité, à la migration et à l’énergie, ont renforcé l’importance du Maroc en tant qu’allié stratégique. Pour Madrid et d’autres capitales européennes, miser sur la stabilité du Maroc s’aligne désormais avec leurs intérêts vitaux au sud de la Méditerranée.
Ce réalisme diplomatique contribue à l’isolement croissant du Polisario sur la scène internationale, comme en témoigne la baisse continue des reconnaissances de la prétendue « RASD ». Ce recul s’explique aussi par une prise de conscience globale sur le caractère artificiel d’un conflit hérité de la guerre froide, manipulé à des fins géopolitiques.
Un Investissement Stratégique dans la Légalité
Depuis près de deux décennies, le Maroc a misé sur une approche fondée sur le droit international et la diplomatie proactive. L’abandon des slogans idéologiques au profit d’une vision pragmatique a permis à Rabat d’accumuler un capital de crédibilité considérable, visible dans la reconnaissance grandissante de sa souveraineté sur le Sahara.
La stratégie marocaine s’est traduite par un ancrage profond dans les instances multilatérales, un usage efficace de la diplomatie économique et un positionnement de partenaire fiable en matière de lutte contre le terrorisme, de gestion migratoire et de sécurité énergétique.
Aujourd’hui, l’ouverture des archives espagnoles pourrait constituer une pièce maîtresse dans ce dispositif, en apportant des preuves concrètes à l’appui de la narration marocaine. Ce tournant documentaire pourrait ainsi redistribuer les cartes dans l’arène diplomatique, notamment au sein des Nations unies et des capitales influentes.
Vers une Reconfiguration des Discours
Le conflit autour du Sahara n’est pas uniquement territorial ou militaire ; il est aussi un affrontement entre narrations historiques. Si les documents espagnols permettent au Maroc d’imposer son récit comme la version la plus conforme aux faits et au droit international, cela pourrait durablement réduire l’espace de manœuvre de ses adversaires.
Il revient désormais au Maroc de poursuivre son effort stratégique, en combinant diplomatie discrète et communication politique efficace, pour transformer cette avancée historique en levier diplomatique durable. Face à cette réalité nouvelle, l’Algérie est appelée à faire un choix : contribuer à une solution politique mutuellement acceptable, ou s’enfermer dans une posture idéologique coûteuse, désormais de plus en plus contestée à l’échelle mondiale.