Seize enseignants marocains sacrifiés sur l’autel du Bricolage administratif en Belgique

Par Bouchaib El Bazi

En Belgique, il y a des chocolats qui fondent, des trains qui arrivent en retard, et maintenant… des contrats d’enseignants marocains qui s’évaporent en plein été. Seize enseignants de langue arabe, envoyés en 2023 en Wallonie pour instruire les enfants de la diaspora marocaine, viennent de recevoir une lettre au parfum administratif bien connu , « Merci pour votre service, mais on ne sait plus très bien pourquoi vous êtes là. » Leur mission, censée durer jusqu’au 31 août 2027, se termine donc prématurément… le 31 août 2025. Autant dire qu’en matière de planification, on frôle l’art abstrait.

La justification officielle ? La partie belge n’apprécierait pas que ces enseignants dispensent aussi leurs cours dans des associations marocaines ou, sacrilège suprême, près des mosquées. Résultat , la Fondation Hassan II, qui avait eu la bonne idée d’envoyer 22 enseignants alors qu’il n’y avait que 12 postes disponibles, puis 45 en espérant négocier un tour de passe-passe administratif, se retrouve à jouer à la chaise musicale… sauf qu’ici, ce sont toujours les mêmes qui perdent leur siège , les 16 installés depuis 2023.

Le comique de situation atteint son sommet quand on apprend que les autorités belges ont renouvelé les permis de travail et de séjour de ces enseignants, preuve qu’il y avait bien des postes pour eux. Mais visiblement, dans le labyrinthe bureaucratique, la logique n’est pas invitée à la fête. Et tant pis pour les enfants scolarisés, les contrats de location, les abonnements téléphoniques, ou même les plantes d’appartement qui ne comprendront jamais pourquoi leurs propriétaires sont rentrés au Maroc si vite.

La procédure, elle, a des allures de sketch , l’accord bilatéral prévoit que la Belgique soit informée en avril de tout changement de personnel. Les enseignants, eux, ont été prévenus… fin juillet. Trois mois de préavis ? Un luxe ! On préfère visiblement le mode « coup de théâtre » — qui, au théâtre, fait rire, mais qui, dans la vie réelle, vire à la tragédie administrative.

Le hic, c’est que les seize malchanceux ont bel et bien encore des postes dans les établissements belges. Mieux : leurs permis de séjour et de travail viennent tout juste d’être renouvelés par les autorités belges. Un détail gênant, que la Fondation semble traiter avec la légèreté d’un post-it oublié sur un frigo.

Cerise sur le gâteau, cette « réduction stratégique » intervient après que la Fondation a envoyé… 45 nouveaux enseignants en 2025. Oui, quarante-cinq. Pour un marché où la partie belge n’avait déjà que douze postes à pourvoir l’an dernier. C’est un peu comme livrer trois camions de pastèques à un kiosque qui ne vend que des pommes : on sait que ça va mal finir.

On « sacrifie » les seize de 2023, même si leurs contrats couraient jusqu’en 2027. La décision est prise hors délais convenus avec la Belgique, qui exigeait d’être prévenue en avril, pas en plein été. Et tant pis si certains enseignants ont signé des baux, des abonnements ou, détail mesquin, inscrit leurs enfants à l’école pour la rentrée. L’administration marocaine, visiblement, croit encore au Père Noël : tout peut se défaire d’un claquement de doigts.

 Au jeu du Mikado administratif, ce sont toujours les mêmes baguettes qui tombent… et elles ne tombent jamais du bon côté.

Pendant ce temps, la Fondation Hassan II, on observe cette cacophonie avec une certaine perplexité. Car, soyons clairs, cette affaire donne à la gestion marocaine une image de bricolage improvisé, là où la diplomatie culturelle devrait rimer avec stabilité et sérieux.  on imagine qu’il doit chercher la logique de cette décision… probablement quelque part entre un agenda mal tenu et un excédent de billets d’avion retour.

En attendant, les seize enseignants et leurs familles apprennent à la dure que, dans la diplomatie éducative maroco-belge, il vaut mieux voyager léger , on ne sait jamais quand la chaise musicale recommence.

 

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