Tensions diplomatiques entre Alger et Paris : le différend autour de la “valise diplomatique” envenime les relations
Hanane El Fatihi
Les relations algéro-françaises viennent de franchir un nouveau seuil de crispation. Alger a exprimé, lundi soir, un rejet catégorique de la mesure « temporaire et discriminatoire » proposée par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, visant à durcir les conditions d’accès des agents algériens aux zones sécurisées des aéroports français pour le transport ou la réception de la valise diplomatique. Une initiative que de nombreux observateurs à Alger considèrent comme une violation explicite des usages diplomatiques et du droit international.
Un épisode supplémentaire dans une série de tensions
Ce différend s’ajoute à une longue liste de dossiers litigieux entre Paris et Alger : mémoire coloniale, politique migratoire, restrictions sur les visas, ou encore accès des Algériens à l’espace Schengen. Cette fois, le conflit porte sur un symbole de souveraineté : la protection de la valise diplomatique. Pour les autorités algériennes, il ne s’agit pas d’une simple question technique mais d’un principe fondamental touchant directement à la liberté et à la sécurité de l’action diplomatique.
La mesure française contestée
Selon l’Agence de presse algérienne (APS), la note verbale française, datée du 7 août, impose deux nouvelles contraintes :
- La présence systématique d’agents de police français accompagnant les employés algériens chargés de transporter ou de réceptionner la valise diplomatique.
- L’obligation de déposer, au moins 48 heures à l’avance, une demande écrite auprès du Quai d’Orsay avant toute opération.
Alger estime que cette procédure viole plusieurs dispositions des Conventions de Vienne sur les relations diplomatiques (1961) et consulaires (1963), ainsi que l’accord consulaire bilatéral algéro-français de 1974. Ces textes garantissent notamment la possibilité pour une mission diplomatique d’envoyer directement un membre de son personnel agréé récupérer la valise auprès du commandant de bord, sans entraves.
Un traitement jugé « discriminatoire »
Le ministère algérien des Affaires étrangères souligne que cette mesure cible exclusivement les représentations algériennes en France, excluant de fait leurs agents du régime habituel des cartes d’accès permanentes aux zones sécurisées des aéroports. Pour Alger, il s’agit d’une atteinte manifeste au principe de non-discrimination consacré par les articles 47 et 72 des Conventions de Vienne.
Par ailleurs, la disposition ne concerne que l’ambassade d’Algérie à Paris et ignore les besoins des consulats algériens en France, eux aussi privés de ces accès permanents.
Le spectre de la réciprocité
Fidèle à sa ligne de fermeté, Alger avertit : seul le rétablissement des cartes d’accès permanentes pour ses diplomates mettra fin aux mesures de réciprocité déjà appliquées côté algérien. Un rappel implicite que, sur le terrain diplomatique, chaque geste – perçu comme un affront – entraîne presque mécaniquement une riposte.