Divergences médiatiques en France : Achraf Hakimi face à une reconnaissance inachevée dans la course au Ballon d’Or 2025

Bouchaib El Bazi

À l’heure où le Paris Saint-Germain continue de s’affirmer sur la scène européenne, un débat inattendu occupe les colonnes de la presse sportive française , la place d’Achraf Hakimi dans la hiérarchie des stars du club et, plus largement, dans la course au Ballon d’Or 2025. Régulier, décisif et leader sur le couloir droit, l’international marocain s’impose statistiquement comme l’un des meilleurs latéraux au monde. Pourtant, le traitement médiatique qui lui est réservé reste contrasté, parfois sévère, et alimente l’hypothèse d’une double lecture dans l’évaluation des performances sportives.

Un rendement indiscutable mais un récit médiatique contrasté

Depuis le début de saison, Hakimi enchaîne les performances de haut niveau. Sa vitesse, son apport offensif et sa discipline tactique font de lui un atout indispensable pour Luis Enrique. Toutefois, certains médias français, notamment L’Équipe, lui reprochent régulièrement une « fragilité défensive » ou une « immaturité tactique », des critiques rarement formulées avec la même intensité contre ses coéquipiers français ou francophones.

Le contraste est d’autant plus frappant avec Ousmane Dembélé. Si ce dernier alterne coups d’éclat et passages à vide, il bénéficie dans les colonnes de certains journaux d’un traitement plus bienveillant, parfois même indulgent. Cette disparité alimente un débat de fond , la presse française évalue-t-elle Hakimi à la même aune que ses homologues français, ou existe-t-il un biais inconscient qui affecte la perception de son talent ?

Les chiffres parlent pour Hakimi

  • Minutes jouées cette saison (toutes compétitions) : 3 280
  • Passes décisives : 11
  • Buts inscrits : 6
  • Taux de duels remportés : 62 %
  • Erreurs menant à un but : 1

Comparatif avec Ousmane Dembélé :

  • Minutes jouées : 2 570
  • Passes décisives : 7
  • Buts inscrits : 5
  • Taux de duels remportés : 48 %
  • Erreurs menant à un but : 2

Sur le plan statistique, Hakimi présente une régularité et une efficacité supérieures, confirmant son rôle de moteur dans les phases offensives et défensives du PSG.

Une reconnaissance internationale plus affirmée qu’en France

À l’étranger, la perception est radicalement différente. En Espagne, la presse madrilène n’a pas oublié ses passages au Real Madrid et à l’Inter Milan, et loue souvent son intelligence tactique. En Angleterre, les tabloïds le citent régulièrement comme l’un des défenseurs les plus complets de sa génération. Même en Italie, où l’exigence tactique est légendaire, Hakimi est présenté comme une référence dans le poste.

Cette reconnaissance internationale renforce l’étonnement face au scepticisme persistant en France. Alors que le Ballon d’Or se veut une récompense globale, intégrant les performances individuelles et collectives, le risque est grand que ce biais médiatique interne pèse sur l’opinion publique et, indirectement, sur la perception du jury.

Le poids du Ballon d’Or pour les défenseurs latéraux

Depuis 1996 et la victoire de Matthias Sammer, aucun défenseur de couloir n’a remporté le Ballon d’Or. Cafu, Roberto Carlos, Dani Alves ou Marcelo, malgré des carrières exceptionnelles, n’ont jamais franchi ce cap.

Si Hakimi parvenait à s’imposer en 2025, il deviendrait le premier latéral droit de l’histoire à décrocher la prestigieuse distinction.

Au-delà du sport : un symbole pour le Maroc et l’Afrique

La candidature d’Achraf Hakimi au Ballon d’Or n’a pas seulement une portée sportive. Elle symbolise également l’émergence du football africain et arabe dans les hautes sphères mondiales. Après George Weah en 1995, aucun joueur africain n’a été sacré. Pour le Maroc, qui brille sur la scène internationale depuis la Coupe du monde 2022, l’ascension de Hakimi incarne un prolongement naturel de cette dynamique.

L’avis du journaliste Bouchaib El Bazi

« La sévérité dont Hakimi est victime dans une partie de la presse française n’est pas anodine. Elle traduit à la fois la difficulté à accepter qu’un joueur étranger, issu d’un autre système footballistique et culturel, devienne une figure centrale du PSG, mais aussi la crainte de voir un latéral briser la hiérarchie traditionnelle du Ballon d’Or. Pourtant, sur le terrain, les chiffres et la régularité d’Hakimi parlent d’eux-mêmes. La question n’est pas de savoir s’il mérite d’être dans la course, mais s’il reste possible de l’ignorer sans révéler une incohérence flagrante. »

un rendez-vous avec l’histoire

La saison 2025 s’annonce comme un tournant pour Achraf Hakimi. Si ses performances restent au même niveau, il pourrait entrer dans la légende en se hissant parmi les favoris crédibles pour le Ballon d’Or. Mais au-delà des statistiques et des trophées, le véritable enjeu est de savoir si la presse française saura, elle aussi, dépasser ses filtres et reconnaître à sa juste valeur l’apport d’un joueur qui, à 26 ans, incarne déjà l’avenir de son poste.

 

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