À l’approche du cinquantenaire du conflit du Sahara, une hypothèse audacieuse prend de l’ampleur , transformer la Minurso en une mission onusienne d’un nouveau genre, la Mansaso, non plus chargée d’organiser un référendum devenu illusoire, mais d’accompagner le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine.
Une telle mutation, suggérée par Mohammed Loulichki – diplomate marocain chevronné et ancien représentant du Royaume auprès de l’ONU – s’inscrirait dans la dynamique de la prochaine résolution du Conseil de Sécurité, attendue pour octobre. L’idée est claire , l’autonomie deviendrait non seulement le point de départ, mais aussi l’horizon unique des négociations.
Une proposition disruptive
Dans un policy paper publié en avril 2025 par le Policy Center for the New South, Loulichki plaide pour une réorientation totale. Selon lui, la Minurso, enlisée depuis trois décennies dans l’utopie référendaire, doit céder la place à une mission réaliste , la Mansaso (Mission d’assistance pour la négociation d’un statut d’autonomie au Sahara occidental).
La presse internationale s’est rapidement emparée de l’idée. Le Figaro évoque déjà une « inflexion majeure », signe que le basculement dépasse les cercles diplomatiques.
Le regard de Rabat
Pour Rabat, cependant, ce changement institutionnel n’est pas une fin en soi mais une conséquence logique. « Ce qui compte, ce n’est pas le nom de la mission, mais la consécration du plan d’autonomie comme unique base de règlement », confie une source diplomatique.
Autrement dit, le Maroc attend moins un changement cosmétique qu’un tournant de fond , l’officialisation, dans une résolution du Conseil de sécurité, de son initiative d’autonomie comme seule référence pour les négociations.
Washington en chef d’orchestre
L’autre élément décisif tient au rôle des États-Unis, « penholder » des résolutions onusiennes sur le Sahara. Depuis la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine en 2020, la ligne n’a cessé de se renforcer. Cet été encore, Donald Trump a réaffirmé dans un message au Roi Mohammed VI que « l’initiative d’autonomie constitue la seule base d’un règlement juste et durable ».
L’appui américain s’accompagne d’une logique budgétaire , l’administration républicaine pousse à la réduction, voire à la suppression, des opérations de maintien de la paix jugées coûteuses et inefficaces. La Minurso, comme d’autres missions, est directement concernée.
Un momentum diplomatique
La concomitance du 50ᵉ anniversaire du conflit et de la résolution attendue en octobre crée un contexte particulier. Les soutiens au plan marocain s’élargissent, les résistances s’effritent. Même le secrétaire général de l’ONU souligne que le statu quo est intenable.
Pour Bouchaib El Bazi, journaliste et analyste :
« L’histoire s’écrit souvent dans le détail. Derrière le changement de nom d’une mission onusienne, c’est en réalité la philosophie entière du dossier qui bascule , d’un conflit figé dans l’attente d’un référendum impossible, on passe à la reconnaissance d’une solution politique viable. Le Sahara se rapproche plus que jamais d’un règlement définitif. Mais l’opportunité est fragile , elle exige une vigilance constante face aux manœuvres de l’Algérie et du Polisario. »
La « Mansaso » n’est pas encore née, mais le signal est clair , l’ONU s’apprête à solder trois décennies d’impasse et à consacrer l’autonomie comme unique horizon politique. Reste à savoir si, en octobre, le Conseil de Sécurité osera franchir ce pas historique.