Bruxelles, capitale européenne… de l’hypocrisie politique

Une journée après le coup de théâtre juridique, c’est toujours le grand flou pour des milliers d’automobilistes bruxellois. Jeudi, la Cour constitutionnelle a annoncé la suspension du report à 2027 de l’interdiction de circulation des voitures diesel Euro 5 et essence Euro 2. En clair , promesses d’hier balayées d’un revers de main aujourd’hui.

Car oui, chers électeurs, bienvenue en Belgique, ce laboratoire grandeur nature de la démocratie en mode « téléachat ». Avant les élections, certains candidats avaient juré la main sur le cœur de défendre vos vieux bolides — « pas de panique, vous roulerez jusqu’en 2027 ! ». Après les élections, les mêmes se découvrent soudainement un amour passionné pour la justice constitutionnelle, déposant avec l’association Bral un recours pour annuler ce qu’ils venaient de promettre. La politique belge, c’est un peu comme le cabaret , on applaudit d’une main, on poignarde de l’autre.

Mais attention, l’histoire des voitures n’est qu’un amuse-bouche. Derrière le rideau, tout le monde sait qu’un véhicule « interdit » peut parfaitement circuler dans Bruxelles, à condition de payer 35 euros la journée. Autrement dit , polluer, oui, mais uniquement pour les riches. Quand la vertu écologique se transforme en caisse enregistreuse, il ne faut pas s’étonner que les citoyens sentent l’arnaque à plein pot d’échappement.

Et Gaza dans tout ça ? Ah, Gaza… ce mot magique qui, pendant la campagne, faisait battre les cœurs et remplir les cortèges de drapeaux et de promesses humanitaires. Les mêmes élus, une fois confortablement assis dans l’hémicycle, semblent avoir perdu leur GPS de la solidarité internationale. Plus de marches, plus de slogans, plus de drapeaux , Gaza s’est évaporée dès que les sièges parlementaires ont été sécurisés.

Le ministre, fidèle à la grande tradition belge du « comité sur le comité », a déjà annoncé qu’une task force allait se réunir pour « discuter des modalités ». Traduction , une réunion d’experts, d’experts des experts et de conseillers en communication pour pondre un rapport qui expliquera qu’il faut… encore discuter. Parmi les propositions possibles ? Des dérogations à géométrie variable, des taxes habillées en mesures écologiques et, bien sûr, quelques slogans pour rassurer l’électeur , bref, un bel exercice de gestion à la belge où l’on finit par confondre gouverner et gagner du temps.

Concernant les amendes, on nous a déjà soufflé à l’oreille qu’« en principe », pour les trois premières infractions, il n’y aurait « normalement rien ». Autrement dit, un permis de polluer gratuit, version bruxelloise, avant que la machine à PV ne s’active pour de bon. Un petit cadeau électoral camouflé, qui ressemble plus à une carotte qu’à une politique cohérente. Ce matin, vers 11h, le Parlement devait en débattre , certains députés y verront une preuve de tolérance, d’autres une preuve supplémentaire que la règle est faite pour être bricolée à coups d’exceptions.

Un paramètre supplémentaire vient encore noircir le tableau , les exclus du chômage bruxellois. Ces citoyens, déjà fragilisés, devront parcourir des kilomètres pour trouver un emploi… mais sans leur voiture, ou alors avec voiture moyennant 35 euros par jour ! Une véritable double peine , punis par la précarité, puis punis par la mobilité. En réalité, toutes ces décisions sorties du laboratoire politique — qu’on pourrait rebaptiser « l’Arizona bruxellois » tant elles semblent déconnectées — n’ont qu’un effet concret , encourager le travail au noir. Car à force de compliquer la vie des gens, on ne produit plus de solutions, seulement du « tefrate… tefrate !!! »

Et pendant que les ministres promettent de « lutter contre le trafic de drogue », ils semblent oublier une évidence , un individu laissé sans revenus pendant des mois, désespéré et sans perspectives, finit tôt ou tard par se tourner vers des solutions illégales. La misère est la meilleure école du commerce illicite, mais nos gouvernants, aveugles et sourds, persistent à croire qu’on endigue le désespoir par des arrêtés et des slogans. Résultat , on fabrique de la délinquance avec la même efficacité qu’on fabrique des comités de concertation.

Finalement, le spectacle est toujours le même , les politiciens belges exploitent la colère, les émotions et l’argent des citoyens. Qu’il s’agisse de leur voiture, de leur emploi ou de leurs convictions, tout est bon pour gratter un bulletin de vote. On nous promet de « sortir les gens du chômage » et, au final, on réussit surtout à sortir les électeurs de leurs gonds.

Bref, à Bruxelles, le seul moteur qui ne cale jamais, c’est celui de l’hypocrisie politique.

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