Budget alternatif du PS : comment Paul Magnette affirme avoir trouvé 15 milliards d’euros
Bouchaib El Bazi
Alors que le gouvernement fédéral, dirigé par Bart De Wever, peine à réunir les 10 milliards d’euros nécessaires pour combler l’écart budgétaire, le Parti socialiste wallon (PS) a créé la surprise en dévoilant un plan alternatif particulièrement ambitieux. Selon son président, Paul Magnette, le parti serait capable de dégager 15 milliards d’euros, sans toucher ni aux travailleurs, ni aux malades, ni aux pensionnés – tout en augmentant les salaires de 4 % sur quatre ans.
Cette annonce, qui intervient dans un contexte budgétaire tendu et sous haute pression politique, relance le débat sur les priorités économiques du pays et sur la capacité des partis à proposer des réformes structurelles crédibles.
Un plan centré sur une fiscalité “plus juste”
Le cœur de la proposition socialiste repose sur une réorientation de la fiscalité vers les entreprises les plus profitables et les plus grandes fortunes. Inspiré en partie du modèle allemand, le PS veut mettre en place une taxe spécifique sur les bénéfices exceptionnels, à l’image des mesures déjà appliquées en Espagne ou suggérées en Belgique ces dernières années.
Pour Magnette, l’enjeu est clair :
« Je l’ai dit au Premier ministre : vos 10 milliards, je vous les trouve sans problème, même 15. »
Cette confiance repose sur plusieurs leviers fiscaux présentés comme immédiatement mobilisables :
- une taxation accrue des multinationales générant des marges importantes,
- une lutte renforcée contre l’évasion fiscale potentielle,
- une meilleure récupération de la fraude sociale.
Selon le PS, ces mesures cumulées permettraient de libérer près de 30 milliards d’euros d’assiette fiscale, dont la moitié pourrait être dirigée vers la résorption du déficit sans pression sur les ménages.
Des mesures sociales au cœur du dispositif
La particularité du plan proposé par Magnette est de combiner réformes fiscales et amélioration du pouvoir d’achat. Contrairement au projet du gouvernement De Wever – qu’il qualifie d’“inévitablement austéritaire” – le PS souhaite augmenter les salaires de 4 % en quatre ans.
Le financement de cette hausse passerait en partie par :
- une augmentation ciblée des salaires minimums,
- une réduction du coût du travail dans les secteurs en difficulté,
- une revalorisation des allocations sociales les plus basses.
Économiquement, le PS argumente qu’une telle stratégie aurait un double effet , soutenir la consommation intérieure et relancer l’activité des PME, tout en consolidant la cohésion sociale.
Une alternative politique… ou un geste de campagne ?
Derrière l’annonce des 15 milliards, certains observateurs voient aussi une manœuvre politique audacieuse. Le PS, en quête de reconsolidation électorale en Wallonie et à Bruxelles, cherche à se positionner comme le seul parti capable de proposer une alternative crédible à l’austérité, tout en préservant les classes moyennes.
Pour ses critiques, l’optimisme budgétaire du PS relève davantage d’un pari théorique que d’une trajectoire réaliste, surtout dans un contexte international incertain. Pour ses partisans, en revanche, les chiffres avancés démontrent qu’une redistribution plus juste est non seulement possible, mais nécessaire pour éviter un accroissement des inégalités.
Une bataille budgétaire qui s’annonce longue
Ce bras de fer autour du budget marque probablement le début d’un débat plus large sur l’avenir économique de la Belgique. Entre une ligne gouvernementale prudente, centrée sur la maîtrise de la dépense publique, et une proposition socialiste offensive visant à faire contribuer davantage les grandes entreprises, deux visions s’opposent frontalement.
Reste à savoir si ce “budget choc” du PS parviendra à influencer les arbitrages fédéraux ou s’il restera un manifeste politique destiné à peser dans les rapports de force à venir.